Mercredi 16 janvier 2008 3 16 /01 /Jan /2008 16:54

Son plus jeune fils a attendu avec impatience le CP, certain et sûr d’y trouver cette lecture tant désirée comme un cadeau qu’il suf-firait de cueillir. La dé-convenue avait été sévère. Point de b-a ba pour cet enfant-là, point d’évidence ni de déchiffrage hésitant. Le refus absolu, dès lors que la réalité des choses lui est apparue : ces vilaines lettres noires se chevauchaient bê-tement, se mettaient parfois la tête en bas, le dos au mur, le narguaient pour tout dire, mais dans un silence pire que l’absence. Aucune image derrière elles, pas de visualisation, pas de rime et encore moins de raison. Alors il leur avait tourné le dos, l’enfant, le sourcil froncé, les lèvres serrées qu’aucun mot écrit ne voulait franchir. Il y en avait eu des cris, le soir à la maison, « mais regarde donc ! Il suffit de lire les lettres, tu les connais déjà, et le mot aussi tu l’as déjà vu. Vas-y…. » Il n’y allait pas, l’enfant buté, malheureux comme une pierre devant ce mur aux briques aussi dures que sa résolution de les ignorer désormais. Et il y avait eu ces séances chez madame P., l’affreux petit cabinet où elle exerçait, sa horde d’improbables hérissons qui montaient une garde silencieuse autour de l’enfant démuni. Et petit à petit les lettres s’étaient mises en rang, pas de bonne grâce, c’est sûr, mais contraintes et forcées par l’habileté de cette femme et l’opiniâtreté d’un petit garçon qui était pourtant sorti plus d’une fois en pleurant. Vaincues par ces deux volontés conjuguées elles avaient cessé de se rebeller pour s’organiser. Le voyage pouvait commencer.  

 

Pas bien loin d’abord, de petits sauts de puce dans la réalité que décrivent tous les livres de lecture, celle que vit l’enfant : la maison, la rue, l’école, le gâteau du dimanche et les billes de la récré. 

 

Plus loin ensuite. Dans le temps et la réalité, au-delà des limites imposées, le grand bond dans le vide, dans l’imaginaire d’un inconnu. Là où les objets prennent vie et vous entraînent dans leur sillage, effaçant méthodiquement les contours. Aveugles et sourds à ce qui vous entoure, vous lisez fébrilement, le souffle court, le doigt crispé sur la page à tourner, encore, plus vite, que va-t-il se passer dans les chapitres inexplorés ?  

 

Et l’enfant fâché, petit visage crispé d’angoisse et langue qui fourchait, a reçu ce cadeau magnifique, ce voyage merveilleux dans les mots imprimés, un plaisir fou qui ne l’a plus jamais quitté.  

 

 

 

En hommage à Frédérique, une autre Madame P.

 

 

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Mercredi 9 janvier 2008 3 09 /01 /Jan /2008 10:54

Joli cadeau de fin d’année, être « rescapée » par  une couturière qui manie aussi joliment la toile que les mots !  

 

À défaut de résolutions, je propose donc un petit « brimborion » maison aux trois courageux qui laisseront un commentaire sur ce billet. 

 

Petit mode d’emploi : 

 

1. Les participant(e)s doivent posséder un blog 

 

2. Les 3 premières personnes à laisser un commentaire recevront un brimborion maison (je vous laisse chercher la définition…)  

 

3. Ces brimborions parviendront à leur destinataire au cours des 366 jours de l'année 

 

4. Seule condition : s’engager à Pay It Forward, donc à assurer le relais en faisant la même promesse sur son blog.  

 

Et enfin, la règle veut que chaque personne ne s’inscrive pas plus de trois fois…  

 

 

 

 Lundi 14 : le temps a filé, je suis un peu noyée sous un projet... mais je ne vous ai pas oubliées : j'attends donc vos coordonnées par mail... Je vous envoie dès que possible un mini-questionnaire...

 

 

 

 

 

 

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Samedi 5 janvier 2008 6 05 /01 /Jan /2008 15:00

L’année dernière, pour la première fois, elle avait osé. Jusque-là, elle s’était toujours contentée de réinventer le décor familier pour lui donner des airs de fête et de passer des heures - divines - à faire ses petits paquets, deux des grands plaisirs de l’année. Pourtant, ce n’est pas forcément une période aussi féérique qu’on aimerait le croire mais elle persiste, envers et contre toutes les petites et grandes fâcheries, les rancoeurs inassouvies et les non-dits. Elle s’obstine, pour dire les choses clairement, malgré son amoureux même qui la voit déjà s’étourdir dans une entreprise trop lourde pour elle, où elle s’épuisera. Alors elle fait un peu semblant, elle prend un bloc et un crayon d’un air conciliant et allons-y gaiement pour l’organisation : le dîner, première préoccupation, faire simple mais délicat, raffiné et appétissant… Autant vouloir trouver un mouton à cinq pattes la semaine des quatre jeudis, lui dira-t-on, et on aura raison, mais haut les cœurs, sus aux recettes éprouvées ou plus hardies, que la fonte mijote, que le four ronronne et que l’argenterie rutile !  

 

La fameuse « déco de Noël » ensuite. Vaste entreprise là encore, mâtinée d’un soupçon de mégalomanie. Mais les fâcheux éventuels, les grincheux de la Nativité, les empêcheux de fin de d’année, elle les ignore superbement et passe son chemin, croulant sous les anges à débarbouiller et les guirlandes à démêler. Elle prend bien soin de garder un air compassé, des fois qu’on l’accuserait de s’amuser. C’est que ce sont affaires sérieuses, point n’y faut ricaner. Il ne manquerait plus que ça, que ce soit la saison de plaisanter !  

 

Enfin, trois fois enfin... l’heure est aux soupirs récurrents, aux lamentations d’automne finissant et aux éternels questionnements : grands dieux et tous leurs saints, qu’offrir, que ne pas offrir ? C’est ainsi, Noël a ses tourments que la raison ignore, qui hantent les nuits de l’Avent et désespèrent les banquiers.  

 

Elle n’échappe pas à la règle, malgré la résolution ferme comme le roc d’y penser, de prévoir, de glaner de doux présents tout au long de l’année, au hasard des promenades, des brocantes et des escapades. Ne serait-ce pas merveilleux, de franchir la porte d’une nouvelle rentrée déjà doucement chargée d’une manne finement choisie, parfaitement adaptée aux goûts et aux envies des personnes chéries ? Le merveilleux étant par définition un phénomène à éclipses, il faut bien reprendre pied dans la réalité lorsque novembre emporte avec lui ses vilaines brumes de pluie et que le 1er décembre sonne le glas de ses espérances de fourmi prévoyante.

 

 

 

Cette année donc, elle a pris son courage à deux mains et décidé qu’assez c’était assez, elle allait tout faire elle-même. En 2006, elle avait timidement glissé au milieu du reste un petit panier de baumes, d’huiles et de poudres parfumées ho-me made pour sa mère et sa sœur. 2007 serait l’année de la couture ! Son habileté en la matière est encore bien mince, elle a surtout beaucoup lu, fait quelques essais qui l’ont encouragée et acheté de telles brassées de tissus qu’il allait bien falloir qu’elle les transforme en quelque chose… En théorie, la dite chose a été vite réglée : pour son père, une belle écharpe de monsieur, laine beige cendré et soie brochée,  pour sa mère une pochette « utilitaire » pour ranger carnet de chèques, cartes et menus papiers, et pour sa sœur enfin, un joli sac à main.

 

 

 

 

 

 

Tout fringants après ce galop préliminaire, ses neurones se sont remis au trot pour passer à la phase deux de l’opé-ration : la conception. Le plus dur étant fait, à savoir se répéter dix fois par jour qu’elle réussirait jusqu’à s’en persuader à peu près, restait tout de même le passage de l’idée à la réalité. La chance sourit aux débutants, dit-on, et hasard ou miraculeuse conjonction de ses facultés de concentration et de représentation spatiale, elle a réussi à dessiner deux modèles (parce que tout de même l’écharpe, restons sérieux…) sans jurer qu’on ne l’y reprendrait plus. Et même, osera-t-elle l’avouer, elle a passé des heures bien douces en compagnie de sa machine et de ses aiguilles avant d’aller brandir sous le nez effaré des hommes de la maison, fière comme une coquelette de basse-cour, les modestes merveilles qu’elle a préparées. La dernière, elle ne l’a montrée qu’aux garçons car c’est à l’amoureux qu’elle est destinée : une écharpe encore, de lourde soie brochée comme celle d’un lord anglais...

Son petit cadeau à elle, c’est de découvrir, enchantée, à quel point le travail de ses mains a le pouvoir de l’apaiser...

 

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Mardi 1 janvier 2008 2 01 /01 /Jan /2008 20:26

Certains disent que ce que l’on fait le soir de l’An, on le fait tout l’an. Si elle repense à hier, il n’y a rien qu’elle n’ait envie de refaire pendant 365 jours : elle a pris le temps de se faire belle comme elle n’en a pas l’occasion si souvent, elle a ri avec ses enfants, délicieusement dîné avec des gens souriants, offert et reçu des baisers et des présents, ri et chanté, tapé trois notes sur un clavier - les seules qu’elle sache jouer - admiré la gaieté résolue d’une femme que la vie n’a pourtant pas épargnée et accueilli sous son toit une amie fidèle, avant de s’endormir à côté de son amoureux comme elle l’a fait tous les soirs de ces 6 dernières années.

 

 

Pourtant, elle ne vit pas dans un rêve, elle sait bien qu’il ne suffit de dire « Bonne année », aussi sincère soit-on, pour que tous les vœux se réalisent. Et même si elle aussi a eu son lot de chagrins, elle sait se souvenir des cadeaux que la vie lui a faits. Des belles rencontres qu’elle lui a offertes. De celles qu’elle va faire encore, cette année peut-être, et qu’elle imagine déjà. Alors à tous ceux qui n’ont peut-être pas cette chance, qu’elle les connaisse ou pas, tout ce qu’elle peut souhaiter de mieux c’est d’être en paix avec eux-mêmes et d’oser aller vers les autres, parce qu’elle connaît le prix de ce bonheur-là.

 

 

 

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Samedi 29 décembre 2007 6 29 /12 /Déc /2007 14:31

C’était un beau jour pour naître, quelque part entre Noël et le Jour de l’An. Dans cette petite rue toute proche du quartier chinois, une clinique toute blanche, celle où son deuxième frère était déjà venu au monde. Le pâle soleil d’hiver commençait à teinter de rose les façades un peu austères de la rue Nationale, nul bruit ne parvenait de l’exté-rieur, il était encore bien tôt quand sa maman était descendue. Ce n’est pas ce jour-là qu’elle était attendue, il s’en fallait même de trois semaines, mais les rigueurs de l’hiver, le déménagement qui les avait tellement éloignés et cette petite fille trop pressée avaient fait craindre un accident. On s’était donc résigné, prudemment mais sans grande joie, à fixer la date de son entrée dans le monde. 

 

La veille, ses parents avaient terminé les derniers préparatifs. Sa maman avait regardé une dernière fois le couffin où elle passerait ses premières nuits à la maison, vérifié encore le contenu de la petite valise achetée quelques mois auparavant rue de l’Université et remplie de délicats et minuscules vêtements et des indispensables compagnons des premiers jours : un tout petit nounours brun-orangé drôlement assis, le hochet d’argent et son ruban vert, le tout petit bracelet avec sa plaque de jade porte-bonheur. Elle avait parcouru une dernière fois la maison, elle savait que lorsqu’elle reviendrait, elle ne la verrait plus tout à fait de la même façon. Puis ils avaient fait le long chemin jusqu’à Paris, quittant la campagne enneigée pour retrouver le macadam familier et la foule de décembre. Il était tôt encore, alors ils avaient eu le temps d’aller rue de Rivoli faire les derniers achats pour la petite fille, un pantalon marron glacé et les chaussons assortis, et une petite robe grise. « C’est pour quand ? » avait demandé gentiment la vendeuse. « Pour demain » avaient-ils répondu en chœur, riant doucement devant son air étonné. 

 

Puis ç’avait été l’heure. Ils avaient roulé doucement vers cette petite rue du 13ème, franchi la porte familière et annoncé leur arrivée. On les avait envoyés au 4ème, l’étage des jeunes mamans, chambre 401. Elle se souvient que c’était comme dans un rêve, cette installation calme dans la chambre blanche, les pleurs assourdis des nouveaux-nés, le bringuebalement du chariot du goûter. Elle avait pris possession des lieux, intensément consciente de vivre les dernières heures avant l’arrivée de son bébé, savourant tranquillement le moindre geste, ouvrir les valises, sortir la minuscule grenouillère blanche et la douillette bleu-grisé qui réchaufferait la nouvelle-née, garnir le berceau transparent du joli drap brodé et de la couverture tricotée. Pour finir, elle avait placé le nounours et accroché le hochet à l’arceau métallique, avant de dire au revoir à son amoureux et de se préparer à sa dernière nuit de future maman. Plus tard, la sage-femme était venue la voir, s’assurer que tout allait bien et écouter le cœur du bébé. La nuit était déjà tombée, elle retrouvait cette obscurité orangée de la grande ville et sa sourde rumeur qui ne finit jamais. 

 

Le lendemain, tout était prêt pour l’accueillir. Les salles d’accouchement étaient un peu retirées, les couloirs silencieux. La salle était grande, sans éclairage brutal, on l’avait installée près de la baie vitrée. Elle pensait que ce serait rapide, pour un troisième enfant on pouvait imaginer qu’il n’y aurait pas de difficulté. Ce n’est pourtant que huit heures plus tard que la princesse avait ouvert les yeux sur le monde qui l’entourait, vite emportée par son papa vers son premier bain. L’étrange ralentissement de son cœur qui avait tant inquiété sa maman, et fait craindre à la sage-femme un accident, s’était expliqué très simplement : la jeune acrobate avait fort habilement noué son cordon et ce fameux « déclenchement » si redouté l’avait peut-être sauvée. La petite princesse de l’hiver était née. 

 

Derrière la fenêtre, le soleil brillait toujours résolument, il était presque 17 heures ce 29 décembre, le tout petit enfant et ses parents se reconnaissaient doucement.  

 

 

Hier, elle et eux sont retournés à Paris, trois ans jour pour jour après ce matin de 2004. Au programme, acheter le tissu enfin choisi pour refaire la garniture du landau et aller admirer les vi-trines de Noël avant un dîner familial. La foule du marché Saint-Pierre annonçait celle des grands magasins, les vitrines étaient prises d’assaut mais, confor-tablement installée dans les bras de son papa, la princesse leur avait de toute façon préféré le plafond lumineux et l’immense sapin qu’il a fallu photographier. Avant de repartir, on est allé acheter le parfum des enfants sages, celui des petites cerises, qui l’accompagne depuis le premier jour et que sa maman ne peut jamais sentir sans un serrement de cœur. Après avoir remercié la vendeuse souriante qui traitait sa toute petite cliente comme un personnage important, elle a pris fièrement le petit paquet noué d’une faveur rose, refusant obstinément de le confier à sa maman. Dans la voiture, elle a encore admiré les lumières, la Tour Eiffel scintillante et la pyramide de verre, les sapins devant les mairies, les lucioles bleues de la Place d’Italie et de la mairie où ses parents se sont dit oui

 

 

Avant leur dîner, ils sont passés embras-ser une amie dans l’immeuble où ils ont habité avant de quitter Paris, retrouvant presque machi-nalement les gestes familiers pour allumer la minuterie ou sortir de l’ascenseur si étroit. Chaque moment était important, c’était une journée particulière, une de celles qui fabrique des souvenirs. La nuit était déjà tombée lorsqu’ils sont arrivés chez A. Elle les attendait, un joli couvert était déjà dressé, la maison embaumait. La princesse ravie devant le plateau ancien chargé de son service à thé - ravissante miniature de porcelaine de Saxe - qu’on venait de lui offrir, jouait à la dînette comme une enfant du temps jadis. Elle s’était ensuite extasiée devant la malle ancienne destinée à sa maman, la transformant immédiatement en « trésor ». Trop grande pour entrer dans le coffre de la voiture, cette malle l’accompagnerait durant le voyage de retour, berçant certainement ses rêves de petit enfant enivré des sensations de cette longue journée.  

 

 

 

 

 C’est depuis la rentrée qu’elle a vraiment ritualisé les anniversaires. Le gâteau et les bougies en sont, bien évidemment, les ingrédients essentiels. Depuis sep-tembre, lorsqu’on lui posait la question « tu as quel âge ? », elle répondait invariablement « ‘roizan ! » en ponctuant l’affirmation d’une main d’où pointaient vaillamment trois petits doigts potelés. Ce samedi après le déjeuner, son frère aîné a donc préparé le gâteau au chocolat pendant que sa maman tricotait les derniers rangs d’un petit pull destiné à Heidi, la poupée qu’elle a trouvée au pied du sapin, le matin de Noël. Mal réveillée de sa sieste elle était grognon et d’abord, elle n’a pas voulu voir ses cadeaux. Un biberon chaud et un câlin dans les bras de papa ont été nécessaires pour qu’elle reprenne pied dans la réalité. Celui-ci, amusé par l’exclamation de sa fille devant la malle, avait eu l’idée d’y cacher les cadeaux. Ils y avaient donc placé la petite fée-poupée, le jeu de pâte à modeler et une jolie réédition d’un livre animé ancien. La malle contenait également la vieille armoire de poupée qu’ils avaient achetée en novembre, patiemment restaurée par papa et remplie de petits vêtements achetés ou faits à la maison. Il y avait même deux adorables petites robes anciennes dénichées sur les vide-greniers de l’automne, et puis encore la toute petite brosse à manche d’ivoire de la vente de charité et de minuscules papillons fleuris pour mettre dans les cheveux de Heidi. Alors, après le goûter et les bougies, toute la famille s’est installée autour d’elle pour jouer, les garçons secrè-tement ravis de retrouver la pa-touille colorée de l’enfance pas si lointaine et elle toute à son plaisir de faire de longs spaghettis, puis de regarder encore et encore les animaux savants du livre, les singes qui font danser les chiens au son de leurs violons et l’éléphant qui salue, la belle à l’éventail et la jolie chèvre blanche.

 

 

 

 

 

 

Ce soir, c’est une petite fille un peu plus grande qui est allée rejoindre son lit, serrant sous le bras la poupée dans sa nou-velle robe de nuit. De-main on jouera encore, on sortira les petits habits pour Heidi, on fera sem-blant de coiffer ses doux cheveux et on y fera voler les papillons. Puis, s’il fait beau, on l’installera dans sa poussette, on placera l’ombrelle pour la protéger du soleil d’hiver et on ira se promener le long de la rivière.  

 

 

 

 

 

 

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Samedi 22 décembre 2007 6 22 /12 /Déc /2007 10:10

Elle n’aime pas ce mot. Déco de Noël. Elle sait bien que c’est un peu de l’intran-sigeance, elle ne le dit pas trop fort, mais décidément elle ne l’aime pas. Elle trouve que ça gâche un peu ce mystère, cette petite magie de dé-cembre qu’elle aime comme une enfant, cette atmosphère. Mais ce mot-là non plus elle ne l’aime pas. Trop galvaudé. Encore un brin d’intransigeance, elle le reconnaît, sûrement une déformation due à la routine quotidienne… Là où elle est bien attrapée, c’est qu’elle ne sait pas trop par quoi les remplacer, ces mots formatés qu’il faut bien utiliser. Ambiance ? Même pas la peine d’y penser ! Mise en scène ? Ça s’améliore, d’autant plus qu’elle aime passionnément le théâtre et la vie qu’il sait inventer. On pourrait y penser… Mais en attendant les jours filent, et sa maison a pris doucement son visage de fin d’année.  

 

Elle ne réfléchit jamais vraiment, enfin elle ne décide pas. Les choses se font d’elles-mêmes, évoluant doucement, cela dépend de la couleur du ciel un jour particulier, d’un tissu qu’elle aura touché, d’une plume ramassée ou d’un rameau qui aura tranquillement séché, petit trésor précieu-sement ramené de promenade. Et une fois encore ces éléments disparates, petits bouts de rien sans valeur, sans relation connue ou évidente, vont se marier pour créer un univers éphémère qui disparaîtra aux pre-miers jours de la nouvelle année.  

 

Elle a ses préférences, tout de même, et des refus tout aussi marqués. La transparence bien sûr, aussi loin que remontent ses souvenirs, le blanc et l’argent, plus récemment l’or assourdi et le rouge foncé. Pas ou peu de guirlandes, sauf de lucioles minuscules, blanches impérativement, dont elle s’acharne chaque année à dissimuler le fil pour que le sapin ait seulement l’air habité d’étoiles. Des rubans à foison, parfois, qui réchauffent le vert et lui rendent vie par leur imperceptible mouvement. Des cannes en sucre d’orge, une année, qui avaient fait rêver les garçons encore assez petits pour s’émerveiller de voir pousser les bonbons aux branches de l’arbre-roi. Et puis, au gré de l’imagination, des fleurs fraîches, des plumes, de minuscules images de Noël surannées…  

 

Cette année, c’est le calendrier de l’Avent qui a donné le ton : la maison prendra des airs de forêt enchantée. La cheminée de la salle à manger, où le délicieux trésor a été placé hors de portée de menottes un peu trop empressées, a été la première à subir la métamorphose. Une couche de mousse est venue adoucir le marbre noir un peu austère, les dernières châtaignes, déjà un peu séchées, attendent çà et là de disparaître doucement dans l’humus odorant où la neige forme des dessins hésitants. Une mystérieuse grenouille, probable Prince charmant, surveille d’un œil ardent le jeune éphèbe rieur qui pourrait bien lui ravir le cœur de la princesse et espère - vainement ? -  que les roses magiques sauront lui faire voir la beauté par-delà la pauvre défroque à laquelle un sort funeste l’a condamné.  

 

 

 

 

 

Quelques jours ont passé, dans l’attente du marché de Noël et du marchand chargé de sa moisson de sapins alsaciens. Pendant ce temps, la forêt faisait une timide entrée dans le salon, irisant d’un doux scintillement le lustre fleuri où un oiseau fabuleux a abandonné en passant quelques plumes d’un blanc éclatant. Sur la vitrine elle a laissé sa marque aussi, tapis de mousse semé de bulles de givre sur lequel deux anges de cristal veillent silencieusement. Confusément consciente que cette débauche de nature dans la maison annonçait quelque chose de plus grand, la princesse s’emplissait les yeux de cette étrange féerie et considérait sa maman d’un œil nouveau : elle aussi est donc capable de s’inventer des histoires enchantées…

  

Dernier acte, une semaine avant Noël : le sapin est arrivé, encore tout auréolé du vent glacé qui soufflait devant la collégiale. Pas très grand car les pièces de cette maison bourgeoise ne lui offriraient pas l’espace qui le mettrait en valeur, mais régulier et bien fourni, la branche fière et l’aiguille luisante. Cette année il avait été décidé qu’il prendrait place au pied de l’escalier, où on pourrait l’admirer sans se bousculer, à travers les vitres qu’un givre magique a blanchies. Des cristaux de neige ont été semés sur le grand drap tendu derrière lui, et une branche qui semble onduler est venue se poser en fragile équilibre, orchestrant un silencieux ballet de végétaux séchés et de transparences de gel. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La rampe de l’escalier s’est ensauvagée de branches de sapin et d’une chevelure de lin, la mousse et les pommes de pin ont pris possession des marches. Le ruban lumineux que prolonge la cascade de perles de la rivière gelée allume des reflets éphémères sur les stalagtites qui accom-pagnent le visiteur pen-dant sa montée. Dans le secret des branches, trois frères ours - du plus clair au brun foncé - montent une garde éternelle, silencieux détenteurs du mystère de Noël…  

 

 

 

 

  

 

 

 

 

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Lundi 17 décembre 2007 1 17 /12 /Déc /2007 09:20

Sa grand-mère avait élevé seule ses sept enfants. La dernière-née, celle qui deviendrait sa mère, n’a jamais connu son père. La veille de Noël, il était parti fêter la Nativité à sa manière ; le froid et une plaque de verglas l’avaient tué. Il ne saurait jamais qu’une autre guerre se pré-parait. Son épouse, lourde d’une nouvelle vie, dût ainsi préma-turément mettre en terre son mari. Il ne semblait pas qu’on l’ait vraiment regretté, on ne parlait pas beaucoup de lui, il se perdait dans le passé. Cette grand-mère avait eu une vie très dure. La solitude, cette précarité qu’on connaissait autrefois dans les campagnes et qui épuisait hommes et femmes avant même la maturité, rien ne lui avait été épargné. Elle avait dû se résoudre à faire tous les métiers ou presque, pour que sa famille puisse subsister. Le siècle l’avait vue naître, en 1970 elle disparaissait, discrètement comme elle avait vécu.   

 

Cette femme fondatrice, elle ne s’en souvient pas. Ou si peu. Elle était bien petite encore lorsqu’elle mourut, et même le chagrin de sa mère, elle ne se le rappelle pas. Presque une inconnue. Deux images pourtant flottent dans sa mémoire, un peu nocturnes comme un secret. Sur l’une d’elles, elle vient d’arriver dans le petit village avec ses parents, elle est devant la petite maison. Sa grand-mère est assise là, derrière le fenestron, dans l’obscurité. Elle les attend. Lorsqu’ils entrent, la petite fille voit sur les genoux de l’aïeule une boîte blanche et bleue, ouverte, révélant sous le papier de soie des nounours en chocolat. Petite gourmandise d’une femme que la vie n’a pas gâtée, qui savoure en même temps que la guimauve le plaisir anticipé de l’arrivée de ses enfants. Elle avait été bien étonnée, la petite fille, de voir une si vieille dame manger des bonbons. On lui disait souvent que ce n’était pas bon pour les dents, ni pour le ventre, et qu’il fallait être bien sage pour recevoir ces délicieuses récompenses. Alors voir un adulte, surtout aux cheveux blancs, savourer sans se cacher des friandises défendues, ça la faisait rêver. Et un peu s’inquiéter, aussi, parce qu’alors, si les grands devenaient comme des enfants, mangeant sans retenue gâteaux et bonbons, quelles autres découvertes effrayantes restait-il à faire ?  Les adultes cachaient donc de lourds secrets… Et puis, des nounours, on n’avait pas idée ! C’était tellement enfantin, tellement « pas sérieux ». Aujourd’hui, elle dirait « régressif » et son cœur se serrerait un peu, comme toujours, à l’idée de cette vieille dame savourant comme elle pouvait un peu de la douceur de vivre qui lui avait si cruellement manqué.  

 

 

La princesse est gourmande, c’est là son moindre défaut. Elle a découvert le chocolat tardivement, mais rattraperait depuis, si on lui en laissait le loisir, tous ces mois de privation. C’est encore plus récemment qu’elle a découvert les divins oursons. Sa maman s’était éclipsée pour la nuit, elle s’était offert une soirée à Paris, un dîner de filles après le théâtre plus qu’à moitié raté, la faute aux embouteillages du vendredi soir. Une petite escapade délicieuse, dormir chez son amie, deux étages au-dessus de son ancien appartement, renifler l’air familier, donner des coups de pied dans les feuilles mortes sur le chemin de Montsouris, regarder grimper le nouvel immeuble qui bientôt boucherait la vue sur la Tour qui scintillait au loin. Et le lendemain, le salon MCI, d’où elle avait rapporté des babioles pour son « atelier », même si tout le monde s’accordait à dire que « c’était bien décevant, cette année ». Avant de rentrer, elle était repassée dans son ancien quartier, chez le traiteur italien qui leur manquait tant, pour rapporter des pâtes fraîches, des tomates mi-séchées et du parmesan. Ils se régaleraient, elle le savait d’avance, et elle avec eux, de les voir transportés en arrière de quelques années. Ce soir-là, c’est aussi un peu de nostalgie qu’ils auraient pour le dîner. Pour les grands, des gâteaux de leur ancienne pâtisserie étaient tout indiqués, et elle avait retrouvé avec un peu d’émotion le visage de cette dame qu’elle rencontrait souvent à la sortie de l’école. Elle avait donné des nouvelles tout en choisissant des nounours pour la princesse, se demandant à l’avance comment elle réagirait devant cette friandise, elle qui n’en mangeait pas à la maison. Puis la route, de nouveau, la ville qui s’éloigne et s’efface devant les champs familiers. Lorsqu’elle les a tous retrouvés le samedi soir, il faisait nuit déjà. Elle arrivait chargée, un peu étrangère déjà d’avoir découché, comme auréolée d’un parfum d’inconnu. Elle avait donné le menu du dîner, vu les yeux des garçons s’allumer du plaisir annoncé, comme elle l’avait prévu. Baignée de frais, la princesse était déjà en train de dîner. Ravie de retrouver sa maman qu’elle avait dû croire perdue, elle avait ouvert des yeux stupéfaits devant le petit sachet odorant, sentant avant même de voir qu’il cachait des bonbons. Sa joie simple faisait plaisir à voir, et par-delà tant d’années, l’espace d’un instant, elle a étrangement ressemblé à cette arrière grand-mère qu’elle ne con-naîtrait jamais.  

 

 

 

Par lunemalo - Publié dans : Mémoire - Ecrire un commentaire - Voir les 9 commentaires
Mardi 11 décembre 2007 2 11 /12 /Déc /2007 00:01

L’amoureux est un taiseux. Ce qui ne l’empêche pas d’avoir des yeux, et d’observer en silence. Il lui a dit un jour - et c’était un bien joli compliment dans la bouche d’un homme qui mesure chaque parole - qu’elle l’avait étonné en étant toujours soignée, fai-sant des efforts pour s’habiller alors que seul son bureau soli-taire l’attendait. Ça l’avait surprise et doucement émue, ce regard sur elle qu’elle n’avait pas soupçonné, cette réflexion tournant dans cette tête si connue, toujours inconnue. Elle y a souvent repensé depuis. Mais ces derniers mois, petit à petit, elle a abandonné certaines routines, presque sans y penser, elle ne s’est plus accordé ces moments intimes pour se préparer, apprivoiser une fois encore dans le miroir ce visage qui lui est parfois étranger. Cela s’est fait doucement, elle a semé petit à petit derrière elle ces petits cailloux de fille, recourber ses cils de noir mystérieux, dévoiler ses jambes sous une jupe qui danse, choisir un bijou, nouer crânement un foulard autour de son cou. Est-ce la nostalgie de Paris qui l’a engourdie, le manque de temps, d’envie, l’oubli ou bien un transfert délibéré de féminité sur la petite princesse chez qui elle voit éclore, déjà, le mystère éternel qui fait courir les garçons ? Peu importe, le résultat est là. Elle s’est un peu perdue de vue.  

 

 Et puis l’envie est revenue. Doucement, comme elle s’était éloignée. D’abord un nouveau mascara, puis un vernis très foncé pour faire de jolis pieds. Retrouver l’odeur particulière de ces lieux réservés, où l’on parle à voix basse de secrets que les amoureux, les fils et les pères ne comprendront jamais. Voir le regard de sa fille s’éclairer devant le contenu du petit paquet, comme si elle savait déjà tout le plaisir qu’il pouvait procurer. Réapprendre à se maquiller, adoucir un peu la pâleur de la peau, un souffle de poudre pour velouter la joue, assourdir le rouge sur le blanc du mouchoir… Présenter ce nouveau visage, surprendre un instant les regards familiers qui s’étaient déshabitués, s’apercevoir à la dérobée dans l’angle d’un miroir et savourer ce plaisir qui s’était désaccordé.   

 

 

Et puis, pour le cadeau qu’elle se fait rituellement chaque année, elle a commandé une paire de chaussures, de vrais souliers de fille avec de hauts talons et un lacet coquet, qui feraient le pied menu et la cheville dansante. Elle les mettra pour Noël, sous une longue jupe de taffetas, comme pour aller au bal. Et même si elle ne danse pas, elle sera Cendrillon qui va retrouver son prince charmant et les années s’envoleront.

Parce que si elle voit encore, souvent, un peu d’étonnement dans le regard des passants, « est-ce que ce sont vraiment ses enfants, ces grands garçons ? », ce matin elle a eu 43 ans.  

 

 

 

 

 

Par lunemalo - Publié dans : Lunes et saisons - Ecrire un commentaire - Voir les 27 commentaires
Jeudi 6 décembre 2007 4 06 /12 /Déc /2007 15:50

En parallèle de celui, mystérieux et irrésistiblement attirant, où elle met au monde ses poupées magiques, un autre atelier de Noël se poursuit... Le berceau est enfin prêt à accueillir Heidi.

 

 

Point d’araignée pour l’édredon...

 

 

 

 

Lin brut et laine vierge pour l’oreiller...

 

Par lunemalo - Publié dans : Heidi - Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Mercredi 5 décembre 2007 3 05 /12 /Déc /2007 16:00

C’est un très vieux cahier. Sous la cou-verture de papier bleu fané, des pages couvertes d’une écri-ture serrée. La plume est appliquée. Les feuilles sont jaunies, comme passées dans du thé. Puis, des coupures de jour-naux apparaissent, soigneusement dé-coupées, disposées en quinconce, enjolivées ici d’une envolée de plume, là d’une arabesque, fragiles vestiges des efforts du début.

 Potage Crécy, beignets de salsifis, marrons braisés et pommes à la châtelaine... C’est un vieux cahier de cuisine. Celui de sa mère jeune fille, qu’un jour elle a pris. Il y avait beau temps que personne ne l’avait ouvert, alors bien sûr, « si tu le veux, il est à toi. ».

 Un cahier de rien du tout, une vieillerie, et puis la cuisine on ne la fait plus comme il dit. Avec tous ces beaux livres qu’on fait main-tenant, ces CD-ROM, ces émissions ! « Et puis tu en as déjà tant ! Tu avais bien besoin de t’encombrer de ce machin. »  

Mais ce machin, c’est un bout de son passé, pas de la fausse patine façon poussière de grenier. Il lui parle d’un temps où sa mère n’était pas sa maman. Il est toujours là, le vieux cahier, pas dépaysé au milieu de la cuisine chinoise et des délices du goûter, il voisine fièrement avec la pomme de terre de monsieur R. et la cuisine des mamans pressées.   

 

 

 

 

 

 

Par lunemalo - Publié dans : Mémoire - Ecrire un commentaire - Voir les 7 commentaires
 
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