Partager l'article ! Valse à mille mots: Les mots, c’est un peu son métier, elle l’a déjà raconté. C’est aussi un amour d’enfant, un amour très anci ...
Les mots, c’est un peu son métier, elle l’a déjà raconté. C’est aussi un amour d’enfant, un amour très ancien, qui s’accroche à elle comme une vie obstinée qu’elle nourrirait en son sein. Des bulles de sons, des ballons qu’elle lance au vent, qui lui échappent malicieusement et parfois reviennent, faussement repentants, faire mine de se mettre en rang. Contours aléatoires et toujours mouvants. Parfois c’est comme ces étangs si lisses en surface mais où grouille pourtant une vie étrange dont on ne verra rien, sauf peut-être si l’on a la patience infinie de s’asseoir et d’attendre, sans mot dire justement. Juste laisser le flux revenir au minimum vital, le souffle léger, mouvement suspendu. Les côtes qui ne s’écartent plus ou alors à peine, dessinant une espèce de vestibule déserté où ne subsiste que le courant ténu qui anime la machine.
Elle s’étonne toujours devant ce qu’ils exhalent d’humanité, leur comportement, leur puissante essence. Il y en a qui sautent et trépignent comme animés d'une joie maligne, d’autres sont languissants, sinueux comme des serpents ou bien encore sombres et torturés, grinçants comme une serrure rouillée. Le substantif cherche à dépasser l’adverbe, l’adjectif, magnifique et important, indispensable superflu, muse au fil de la syntaxe d’un air entendu, riant avec complaisance de sa luxueuse présence tandis que le verbe balance entre deux conjugaisons.
Mais vifs et ardents ou emplis d’une grâce nonchalante, peinant à sortir ou impossibles à contenir, ils la poursuivent et l’enchantent jusque dans ses rêves, dansant une sarabande qui l’ensorcelle et la fuyant au matin, ne laissant derrière eux qu’un mystérieux rond de sorcière. Il est trop tard aujourd’hui pour savoir, trop d’années ont passé depuis le premier mot qu’elle a réussi à lire sans l’ânonner, Daniel et Valérie se sont évanouis. Mais à leur place, remplaçant le manuel de lecture des petites années, des heures et des jours de lecture acharnée, de plongée en apnée dans les méandres de la langue, d’exploration passionnée et de vertige silencieux.
Et puis cette mélodie qui l’enchante, les sons qui roulent ou filent, l’air qui vibre encore alors que la bouche est déjà close. Mais plus que tout peut-être, elle aime les mots anciens, les vocables désuets, ceux qu’on n’utilise plus guère parce que ce qu’ils désignaient a disparu, ou parce que l’heure est à une simplification qui s’accommode mal d’un certain raffinement de langage. Enfin, ce que l’on nomme ainsi, car dans d’autres langues, plus précises que le français, plus descriptives parfois, il n’est pas mal venu de désigner clairement ce que l’on veut nommer. Ou inversement. Inutiles circonlocutions, absurdes divagations qui n’ont plus cours dans un monde de rendement.
Tout est en vrac, un joyeux fouillis qu’elle garde bien serré et où elle adore aller fourgonner, esquisser quelques pas de menuet, gambiller gaiement dans une salle de bal fantôme, observer des mères habiller leurs enfants de paletots, de pélerines et de sarraus et nouer un gai fichu sur leurs cheveux bien coiffés. Plus loin encore, regarder ces belles alanguies dans leurs matinées s’asseoir un instant devant un bonheur-du-jour, jouant négligemment avec un saute-ruisseau oublié. Entendre sur le chemin les rires francs de quelques compères à la moustache cirée et un galop de drôles plus vifs que le vent. Petite musique privée, à jamais rejouée…
Hé oui, tous ces jolis mots qui rendent la lecture de ces doux billets encore plus précieuse!
je ne sais pas comment vous avez attéri chez moi chère lune, mais le hasard fait bien les choses, comme on dit. Malo est un des personnages du livre que j'écris en ce moment et il me fallait un peu de courage ce matin pour m'y mettre. et moi je suis fille facile, me suffit d'une jolie coïncidence pour que la machine se remette en route. merci alors. et welcome quand vous voulez.
Oui, je me régale des mots et venir ici après avoir suivi un "chemin creux" est un plaisir immense. merci de m'avoir donné la clef de ce paradis des mots...
;-))
Bises!
Contente de te revoir ici !
(je ne t'oublie pas, mais je suis encore dans les cartons ! )
Quel bonheur de te lire, tu le sais...