Deux heures avec Marie Antoinette

Publié le par lunemalo

Marie Antoinette, tableau dit « à la rose »,

par E. Vigée Lebrun (1783)

(image tirée de ce site)

Le grand portail se referme avec un bruit mat, et derrière, peut-être, la Princesse continue d’exprimer vigoureusement son désaccord...

Deux heures, c’est ce que les puéricultrices m’ont accordé, adaptation difficultueuse oblige. Je cours dans les rues comme on se hâte à un rendez-vous, sans même savoir si ce tout petit moment de liberté sera suffisant pour me laisser m’asseoir dans la salle obscure, tout entière tournée vers ce que me conte l’écran. Voilà bien longtemps qu’une telle récréation en solo, un peu égoïste, ne m’a pas été offerte, et c’est aujourd'hui ou jamais, car la dernière séance commence à l’instant où je passe enfin la porte. Oui, j’ai le temps, tout juste, il faudra que je coure de nouveau pour ne pas faire attendre la toute-petite Princesse, mais j’ai le temps. Le film débute à peine et je dois tâtonner, quasi-aveugle, pour trouver mon chemin jusqu’à un fauteuil.

Sur l’écran, une très jeune femme, blonde et blanche, roule vers un destin à jamais indissociable de l’Histoire : Marie Antoinette.   

 

Que les choses soient claires tout de suite, même si je le regrette, j’ai passé plus de temps à m’ennuyer en cours d'histoire qu'à y glaner un savoir durable. Par ailleurs, il était difficile d’ignorer ces dernières semaines la polémique qui a agité les dîners parisiens, on a déblatéré à longueur de page sur les partis pris de Sofia Coppola et son mépris vite qualifié « d'américain » de la vérité historique, et blablabla... J’ai aimé son film, tout simplement, il m’a touchée et emportée pendant deux heures, suspendue à la mélancolie si joliment dissimulée d'une toute jeune fille projetée dans cette cour de France si guindée, où la fameuse étiquette, maintes et maintes fois martelée par Mme de Noailles, corsetait plus sûrement que ces merveilleuses robes ajustées dont Marie Antoinette se débarrassera avec bonheur (pour leur préférer les scandaleuses robes de linon dites « à la gaulle »), dans son cher Trianon, loin des yeux inquisiteurs et des obligations liées à son rang. Oh bien sûr, les défenseurs de la vérité, rien que la vérité, qui lèvent leur Histoire de France et jurent, ont beau jeu de stigmatiser les inexactitudes du film, elles existent incontestablement. Je ne suis ni critique professionnelle, ni spécialiste de la technique cinématographique, rien ne me permet donc d’affirmer que ce film est une œuvre réussie, si ce n’est qu’elle a atteint son but en m’offrant près de 120 minutes de bonheur.  

Tout de même, rendons à Sofia Coppola ce qui lui revient, elle a su, sans forcer le trait, montrer ce que l’Autrichienne, comme on ne cessa jamais de l’appeler, avait de si original, de si moderne : son goût pour le naturel (elle lit Rousseau et se délecte de son « état de nature ») dans un univers si apprêté, la simplicité cosmétique(elle sera la première à limiter très nettement l’usage des poudres et des fards qui était alors de mise, notamment le sinistre blanc de céruse, pour leur préférer des moyens plus délicats de soigner et de souligner le teint ou encore… l’eau de rose), les parfums singuliers.  

Elizabeth de Feydeau, historienne et spécialiste du parfum, vient de publier un ouvrage sur le parfumeur attitré de Marie Antoinette, Jean-Louis Fargeon, et travaillé à la recréation d’un parfum qu’elle aurait pu porter en se basant sur des documents d’époque. Fait notable, ce jus, le Sillage de la Reine, est entièrement naturel : rose et iris, jasmin et tubéreuse, fleurs d’oranger, bois de cèdre et de santal. Moins plaisant, sinon pour le nez du moins pour mon éthique personnelle, il y entre aussi de l’ambre gris et du musc tonkin. C’est surtout ce dernier qui pose problème, bien sûr, même si le chevrotin est aujourd’hui protégé, car l’ambre gris, je l’ai découvert au passage, est « récolté » sans souffrance pour l’animal.  

Evidemment cet événement a une finalité, qui est de collecter des fonds pour restaurer un lieu portant la marque de Marie Antoinette. La somme à rassembler est nécessairement conséquente, et explique (entre autres...) le prix « royal » des rares exemplaires créés et vendus sur souscription par le Château de Versailles. Inutile donc d'espérer sentir, sinon posséder, un flacon du précieux élixir ! Alors, pour les apprenties-sorcières, il est toujours possible d'essayer de se créer un sillage royal en consultant la formule et en suivant les conseils avisés de Hooly !  

Quant au fameux Fargeon, j’attends avec impatience de me plonger dans sa biographie, commandée chez mon cher libraire. Je suis curieuse de le voir « à l’œuvre »… 

Publié dans Bric à brac

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