Lune la main froide

Publié le par lunemalo

Ma tenue vestimentaire a long-temps fait le désespoir de ma mère, par ce qu’elle lui trouvait d’excentrique, bien sûr, mais surtout par sa légèreté peu adaptée aux rigueurs hivernales. J’allais en effet le nez (et le reste) au vent, le manteau largement ouvert sur une simple chemise ou un T-shirt… Pas question alors de me le faire boutonner, ou de me faire porter bonnet ou écharpe.
Mais comme dit le dicton, souvent femme varie. Je pourrais incriminer une paresse circulatoire certaine, les transformations physiologiques dues à la maternité, que sais-je encore… toujours est-il qu’aujourd’hui, je suis frileuse comme un chat. À l’inconfort évident que me vaut ce « défaut », je dois ajouter, dès que la température chute en dessous de 10°, la réapparition des symptômes de la maladie de Raynaud1, puis, lorsque l’hiver s’installe vraiment, celle d’engelures² aussi disgracieuses qu’handicapantes.
Les doigts blancs et gourds, comme morts pendant de longues minutes, je connais ça depuis longtemps. Les engelures, en revanche, sont la nouveauté que je dois à notre installation à la campagne. La première est apparue l’hiver dernier, sous la forme d’une enflure rouge sur la dernière phalange de l’auriculaire, accompagnée de démangeaisons et de douleurs. J’ai d’abord cru à une piqûre d’araignée puis à une allergie, avant de comprendre. Le médecin consulté quelques semaines plus tard pour un autre motif a confirmé mon « diagnostic », et m’a proposé de mettre en place un traitement préventif dès l’automne suivant. Mais les médicaments utilisés me paraissent vraiment trop violents pour une affection qui reste supportable, et surtout sans effet curatif réel sur le problème circulatoire sous-jacent.
 
Depuis la semaine dernière, je suis donc en mesure de confirmer l’arrivée de l’hiver ! Mes doigts et mes orteils en témoignent sans erreur possible. Seulement cette année, j’ai décidé de lancer l’offensive contre les mains gelées en mettant au point une contre-attaque musclée.
 
En m’aidant des indications de D. Baudoux dans L’aromathérapie, se soigner par les huiles essentielles, j’ai préparé une synergie d’huiles essentielles double-effet : prévention, par l’amélioration de la circulation périphérique et soin, pour réparer les lésions.
 
La formule est vraiment magique. Trois applications ont suffi pour que l’enflure se résorbe presque entièrement et que la douleur se calme. Les rougeurs ont également disparu. Quant aux « doigts blancs », j’ai pris la précaution de masser mes doigts avant de sortir avec quelques gouttes de la préparation, et malgré le vent froid soufflant hier, j’ai pu arpenter gaillardement les allées du marché sans dommage. J’ai également retrouvé une sensation oubliée depuis longtemps, celle du sang irriguant les doigts jusqu’au bout, et je pense que l’usage de l’huile de calophylle comme support n’y est pas étrangère. Toujours est-il que j’ai vraiment senti un changement, comme si mes doigts avaient retrouvé une nouvelle texture, s’étaient comme regonflés. J’ai donc préparé, en relais de la synergie, un baume de soin constitué d’huile de calophylle et de karité, pour activer localement la circulation et nourrir la peau desséchée par le froid.
 
 
Synergie anti-mains froides
 
1 goutte           Hélichryse italienne
1 goutte           Estragon
2 gouttes          Thym à thujanol
2 gouttes          Mandarine
2 gouttes        HV calophylle inophyle (huile de tamanu)
 
Appliquer 1 ou 2 gouttes sélectivement sur les engelures, ou masser les doigts et orteils avec quelques gouttes du mélange, deux ou trois fois par jour.
 
 
 
Propriétés des huiles essentielles choisies :
 
Hélichryse italienne (Helichrysum italicum) : Cette plante que l’on connaît mieux sous le nom d’immortelle possède une activité anti-hématome sans équivalent. Elle est notamment recommandée en traitement d’urgence après un choc, en cas de phlébite, de couperose ou de varicosités, mais sera également très utile pour traiter certaines affections rhumatismales ou hépatiques ou encore l’hypercholestérolémie.
 
Estragon (Artemisia dracunculus) : Appartenant à la famille des Astéracées (anciennement dénommées « Composées »), l’estragon est originaire de Sibérie, bien que sa floraison nécessite un climat chaud ! Sa capacité à calmer les spasmes est connue, mais on la limite souvent au système digestif, alors que l’estragon est plus polyvalent. On l’utilisera ainsi contre les spasmes d’origine gynécologique, les crampes musculaires, certaines toux ou comme ici, pour « détendre » les capillaires.
 
Thym à thujanol (Thymus vulgaris CT thujanol) : Antibactérien et antiviral puissant, le thym à thujanol est également un activateur sanguin réchauffant. À ce dernier titre, il est particulièrement actif contre les symptômes de la maladie de Raynaud. Les spécificités de son chémotype le rendent indispensable pour traiter une large palette d’indications, notamment hépatiques.
 
Mandarine (Citrus reticulata) : Cette essence est surtout connue pour son action calmante du système nerveux sympathique (notamment par diffusion), qui rend son utilisation intéressante dans diverses affections d’origine nerveuse. Elle est recommandée entre autres pour traiter la maladie de Raynaud.
 
Quant à l’huile de calophylle inophyle (Calophyllum inophyllum), Chantal Clergeaud lui attribue, dans l’ouvrage qu’elle cosigne avec Lionel Clergeaud (Les huiles végétales - Huiles de santé et de beauté), des propriétés antirhumatismales, anti-inflammatoires, antiradicalaires et protectrices du système vasculaire. Extraite par pression à froid des noix d’un arbre qui peut atteindre 20 mètres de haut, elle se classe dans les huiles demi-siccatives : sa conservation est donc relativement bonne. Très anti-inflammatoire (d’où son utilité dans les pathologies rhumatismales), elle est également active dans le traitement local de la couperose.
 
1Ainsi que l’explique D. Baudoux dans l’ouvrage cité plus haut, la maladie de Raynaud est un « trouble de la vasomotricité de l’extrémité des membres, qui seront en premier lieu blancs puis bleus par cyanose, en présence de froid. » J’ajouterai à cette description que la « crise » s’accompagne d’une sensation de doigt mort, parfois presque douloureuse, en tout cas extrêmement désagréable, pouvant durer de longues minutes. Le doigt (ou l’orteil) blanchit effectivement, et on peut constater que la circulation ne se fait plus par simple pression sur la pulpe. D’ordinaire sans gravité, cette maladie peut prendre des proportions plus sérieuses qui imposent un traitement.
 
²D’aspect disgracieux, les engelures sont très douloureuses, et elles sont longues à guérir. On m’a dit à plusieurs reprises qu’elles étaient le signe d’une carence de l’organisme (sans m’indiquer laquelle…), ce que mon médecin n’a ni infirmé, ni confirmé. Ce qui est sûr, en revanche, c’est qu’elles sont le triste apanage des personnes souffrant de problèmes circulatoires, et plus précisément de fragilité capillaire. Comme leur nom l’indique, il s’agit de micro-gelures superficielles, entraînant une lésion des tissus (début de nécrose). Elles se localisent généralement sur les extrémités, doigts et orteils, où la circulation superficielle s’interrompt le plus rapidement pendant les périodes froides. Dans certains cas, elles peuvent se compliquer de crevasses, d’où l’importance de nourrir la peau.

MISE EN GARDE
 
Les huiles essentielles, surtout en usage interne, doivent être réservées à l’adulte et aux enfants de plus de 6 ans (pour certaines d’entre elles, il convient même d’attendre que l’enfant ait au moins 10 ans).
L’auto-médication doit se faire avec la plus grande prudence, en raison du risque de réaction allergique et des contre-indications. Il convient donc de rechercher (et de croiser) des informations fiables avant toute prise orale ou application externe d’huile essentielle, et de pratiquer un test de sensibilité en appliquant une trace au pli du coude et derrière l’oreille.
Pour la prise interne, on recommande tra-ditionnellement de ne pas dépasser 1 goutte par 10 kg de poids et par jour (si l’on pèse 50 kg, par exemple, on prendra donc au maximum 5 gouttes par jour). Les posologies plus élevées sont à réserver à un thérapeute confirmé. 
Les indications données ici sont le fruit d’expériences personnelles, dont la répétabilité ne saurait être garantie pour d’autres individus, et ne constituent en aucun cas une ordonnance à suivre aveuglément. Le recours à des thérapies non-allopathiques ne doit jamais faire oublier que Nature n’est pas synonyme de sécurité absolue, et suppose d’effectuer des recherches personnelles, dans un esprit responsable.
Mal utilisées, les plantes et leurs dérivés peuvent être extrêmement dangereux ! Choisis et utilisés avec discernement, ils seront en revanche d’un grand secours, sans les effets secondaires tradi-tionnellement observés avec des thérapeutiques plus agressives. Prenez donc le temps de les apprivoiser…

 
L’hiver est là, sortez (les mains) couvertes !
 
 
 

Publié dans Le chaudron

Commenter cet article

Carine 14/10/2008 17:53

Je viens de decouvrir votre blog et je suis ravie de voir une recette pour la maladie des doigts mort, qui m'agace depuis maintenant quelques années, je vais me procurer les HE et tester tout ca, merci pour l'astuce...

catherine 30/01/2008 22:21

Après avoir réuni presque toutes les HE préconisées + calophylle,ma fille apû repartir dans le froid avec un sauveur en poche ,MAIS:avant d'avoir pû tout trouver,j'ai dans un premier temps acheté HE estragon.La première application a été radicale.Cela tient du miracle.!!J'ai quand même préparé le mélange,afin,déjà ,de favoriser la cicatrisation des petits vaisseaux lésés.
Pour information,j'ai trouvé plusieurs de ces HE chez aroma-zone.com,où on trouve également tout ce qu'il faut pour la préparation de cosmétiques naturels.

mab 28/01/2008 15:56

Je confirme pour le cèleri, c'est radical, mais il faut mettre les pieds dans l'eau la plus chaude possible, presque insoutenable. je mets la boule de cèleri 15 mn dans l'eau bouillante et après bain de pieds.

catherine PICOU 22/01/2008 19:55

Bonsoir,merci pour l\\\'excellent article sur les engelures:après avoir vécu cela dans mon jeune temps,c\\\'est maintenant ma fille de 20 ans qui en est atteinte depuis quelques années.Que ce soit homéopathie(locale et générale),acupuncture,bain au céleri....rien n\\\'y fait bien longtemps!Difficile de se concentrer sur un travail intellectuel(par exemple) ou se tenir à une activité quand la crise est à son paroxysme.Donc merci bcp pour la formule d\\\'aromathérapie découverte hier sur le blog.Je suis allée à la biocoop ce jour,mais il n\\\'y avais qu\\\'hélychrise et estragon,du coup je n\\\'ai rien pris du tout.je suis allée voir sur le site de biomada,mais j\\\'ai vu qu\\\'il y avait 3 sortes d\\\'helychrise(male,femelle et une autre),il y a aussi l\\\'huile de calophylle.Je peux donc commander ces 2 là,mais quelle hélychrise me conseille tu?(j\\\'ai déjà utilisé un flacon de cette HE miracle sur les petits vaisseaux qui claquent,mais je ne savais pas qu\\\'il en existait plusieurs sortes!).Merci de ta réponse afin que je réunisse au plus vite ces précieux ingrédients,car...   ça urge(les orteils sont rouge vifs violacés).prépares tu le mélange au moment de l\\\'emploi ou dans un petit flacon? Y a t il un autre site fiable en qualité ou je puisse acheter les HE manquantes?Merci pour ces  renseignements..!catherine

michele 26/02/2007 18:00

La crème, inspirée par ton article, est faite et en cours d'utilisation pluri-quotidienne.J'en ai réservé un tube pour toi. Contacte moi avant la fin de l'hiver (qui sort déjà son maillot de maillot de bain  ;-)))

lunemalo 26/02/2007 18:17

Quel honneur de t'avoir inspiré quelque chose ;-))
Et merci d'avance pour le cadeau (moi, tu sais, j'ai froid aux mains d'un bout de l'année à l'autre...)
Bises.