8 %

Publié le par lunemalo

Dans le monde, tous chiffres pondérés, ils seraient 8 %. Une vraie minorité silencieuse. Le nombre faisant la force, rien d’étonnant qu’ils soient souvent superbement ignorés.

 Oh, plus d’attaque frontale, plus de ces brimades affreuses, de ce bras qu’on attache comme si on le coupait. Pour éviter d’être tenté. « C’est pour toi qu’on le fait, regarde les autres, il faut faire comme eux. »

Elle se souvient de cette petite fille, la sœur d’une amie, qui refusait d’écrire. Elle avait dû faire semblant, attraper négligemment un stylo qui traînait pour se mettre à griffonner, sans avoir l’air d’y penser. L’enfant l’avait tout de suite remarquée, cette inversion qu’elle détestait, et lui avait murmuré comme si une confirmation de sa « monstruosité » pouvait tout changer : « Tu écris comme ça ? »

 Oui, elle aussi, elle l’était. Mais elle, c’était bizarre, ça ne l’avait jamais gênée. Et même, c’était bien un peu ridicule, elle le savait, mais elle en était fière de son anormalité. Elle était toute relative, d’ailleurs, car elle avait miraculeusement échappé à la main recourbée sur elle-même en un geste emprunté. Elle, on l’avait laissée tourner son cahier et puis elle avait développé, par pure nécessité, une vraie habileté avec l’autre main, celle de la majorité. 

 On lui avait pourtant souvent posé la question, comme s’il y fallait une confirmation. Franchement, demande-t-on aux gens si le nez leur tient le milieu de la figure ? Il fallait donc croire que c’était par trop incongru et peut-être un peu effrayant, aussi ? D’ailleurs, le latin l’exprimait sans manières, avec son « sinister ». Et c’était sans compter avec toute une flopée d’expressions allant de la condescendance amusée au mépris appuyé.

 Vendredi dernier encore, à l’école, elle avait surpris le regard intrigué du papa d’Émilien pendant la réunion, observant mine de rien la plume qu’elle posait sur le papier. Elle s’ennuyait, elle en avait rajouté. La plume était carrée, l’encre rose fané, elle avait tracé quelques mots en pleins et déliés, allongeant le g d’un mouvement du poignet.

 C’était inutile, bien sûr, et franchement puéril, mais certains jours elle ne pouvait tout simplement pas résister. Envie de s’amuser…

 Elle avait vaguement espéré qu’un de ses enfants, peut-être… et puis non. Mais parfois ils lui demandaient, à cette maman pas tout à fait comme eux, de rattraper, juste pour s’en persuader et contempler encore une fois le fameux « réflexe du gaucher ».    

 

 Photo Main gauche de Marie

Publié dans Bric à brac

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marion 18/10/2007 07:24

Mademoiselle Joséphine est gauchère, comme sa grand-mère maternelle et son père. Elle en est plutôt fière et vraiment ravie que Monsieur Aimé soit sûrement gaucher aussi (alors qu'il est son "demi" frère (horrible expression). C'est comme si pour elle, il rentrait dans le groupe restreint auquel elle appartient.

lunemalo 18/10/2007 09:37

Comme je la comprends... Pour les 'demi-', horrible est le mot ! Je le suis, moi aussi, et mes enfants, bien sûr... Mais ni eux ni moi n'avons jamais employé cette distinction. C'est au quotidien que se tisse le lien, alors celui du sang, on s'en fout un peu...

michele 15/10/2007 21:10

Mon numéro 2  fait partie aussi de cette engeance là.Il n\\\'y a que la souris de l\\\'ordinateur qu\\\'il utilise avec la main droite: adaptation forcée dans un monde à dominance " de droite".Mais ça m\\\'émeut cetet particularité.

lunemalo 16/10/2007 14:03

Forcée, oui, mais finalement très pratique ;-)) Et pour ce qui me concerne, il y a même des choses que je ne sais pas faire de la main gauche, sans pour autant être ambidextre...

silo 15/10/2007 12:04

J'en ai un de cette minorité là.
bien difficile à aider dans la l'apprentissage de l'écriture...mais qui est  l'aise avec ça et ne se sent pas à part avec sa main gauche.Ma seule erreur a été de ne pas lui fournir assez tôt de ciseaux pour gaucher....!!! il est donc droitier pour découper.
à priori ça vient du côté du papa: le grand-père contrarié, un frère et Clément.
 

lunemalo 16/10/2007 14:04

Je suis plus âgée que lui, et j'ai encore dans l'oreille les 'Ah ? Tu es gauchère ?' dits sur un ton mi-surpris, mi-gêné. Jamais compris pourquoi ;-))
Pour les ciseaux, pareil, je suis incapable de couper de la main gauche (sauf les ongles, comme tout le monde)

valent 15/10/2007 04:50

Non pas dès le titre, mais dès la 1ère phrase, j'ai su de quelle minorité il s'agissait, une minorité à laquelle j'appartiens, mais pour laquelle je ne me suis jamais sentie regardée de travers.. Jjuste un peu gênée par tous ces outils, ces phrases, pensés pour les gens "normaux"!! et souvent obligée, également, de devenir quasi-ambidextre,... Moi aussi, j'observe mes enfants: j'aurais bien aimé que l'un des 3 développe cette particularité, finalement!

lunemalo 16/10/2007 14:06

Je savais que tu étais gauchère, depuis certain questionnaire... J'aime l'être, c'est idiot, mais je peste quand même dans certaines situations (un peu par principe de râlerie ;-))