Classe européenne

Publié le par lunemalo

Elle venait de Varsovie. Le car l’avait déposée sur la place, avec ses amis, il était presque minuit. La veille, elle avait envoyé une photo d’elle, petite silhouette, cheveux blonds, elle était facile à recon-naître. La main qui se tend, un peu hésitante, le visage un peu fermé, puis deux bises mala-droites, on peut y aller.  

 

Oui, elle avait déjà téléphoné à ses parents, ils étaient rassurés. Autant qu’on peut l’être, en tout cas, lorsqu’on laisse partir son enfant pas si grand dans une famille et un pays étrangers.  

 

Le trajet jusqu’à la maison était bien court, sortir l’immense valise du coffre, entrer dans la maison, prévenir en quelques mots son étonnement probable devant les murs nus, la laisser s’installer dans la grande chambre du premier, tout juste terminée. Presque un petit appartement, pour une toute jeune fille un peu déboussolée. Non, elle ne veut rien manger, pas boire non plus, peut-être prendre une douche, pour se délasser ? Puis vite, aller se coucher…

 Le lendemain, retour de l’école, elle grimpe sans un mot dans sa chambre. Les minutes passent, pas un mouvement dans l’escalier. Peut-être redoute-t-elle un peu cette première vraie rencontre ? Elle redescend, finalement, chargée d’un lourd paquet. « I got some gifts for you ». Des chocolats variés, une jolie nappe de lin bordée de dentelle, un grand livre ‑ en français ‑ sur son pays. Pour elle aussi, un petit clin d’œil, une pochette réalisée dans le même tissu qu’ici, dans le bon sens, cette fois-ci.

 La semaine a vite filé, quelques cours ennuyeux avec les français, le tour de la ville classée, les aigles qui l’ont un peu effrayée. Les caves de Champagne, le château de Fontainebleau, les peintres de Barbizon. Et puis Paris, la tour Eiffel, les Champs Élysées… Elle raconte un peu, d’une voix bien timbrée, elle parle bien anglais. Elle n’a que quatorze ans. Plus une petite fille, mais encore une enfant. Déjà bien féminine, d’une façon délicate, sans ostentation. Elle étonne les garçons de la maison, qui découvrent ce que sera, peut-être, leur petite sœur dans quelques années. Le parfum léger qui signe son passage à la salle de bains, son pas dans l’escalier, la mèche blonde qu’elle relève calmement, un joli sourire, fugitif, qui monte jusqu’aux yeux qu’elle tient généralement baissés. Bien élevée.

 Le samedi elle disparaît avec une amie, venue la retrouver, pour faire un shopping effréné. Parfum, vêtements, elle revient chargée de trois mystérieux paquets. De sa famille, on ne sait pas grand-chose, un père informaticien, une maman qu’elle dit économiste, peut-être voulait-elle dire comptable, un frère plus âgé. On devine que sa vie est privilégiée, dans un pays où tous n’ont pas la même chance.

 Le dimanche a filé, déjeuner à la maison avec la même amie et sa correspondante, cette fois invitées, puis après-midi au bowling qu’elle pratique aussi beaucoup dans son pays. C’est le dernier dîner, elle n’a pas envie de rentrer. L’école ne lui plaît pas, et puis là-bas les vacances sont rares. Quelques jours au hasard du calendrier, Noël tout de même et un peu février. Mais sa vie de collégienne ne ressemble pas à ce qu’elle voit ici. Des journées qui commencent à 8 heures pour s’achever à 2, 25 minutes pour déjeuner. Qu’importe, elle n’aime pas ça, elle ne sait pas encore ce qu’elle veut faire, elle est plutôt bonne en maths, mais…

 Contrairement aux autres soirs, elle s’est un peu attardée, elle est restée avec les garçons devant l’ordinateur avant d’aller finalement faire ses ablutions.

 

Elle est partie ce matin, un peu intimidée, amusée et peut-être émue de voir la princesse se jeter dans ses bras. Quatre baisers, elle remercie d’une voix bizarrement mouillée avant de suivre le jeune homme qui l’a accueillie chez lui pendant ces quelques jours et qui se charge maintenant de sa valise, un peu plus lourde qu’à l’arrivée, pleine de souvenirs au parfum français.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans Rencontres

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marion 18/10/2007 07:28

une jolie rencontre avec quelqu'un d'ailleurs, aussi pour les enfants, même et peut être surtout, si on ne connaît pas tout de l'autre. On peut longtemps s'imaginer.

lunemalo 18/10/2007 09:34

Tu sais, c'est idiot, mais elle me manque un peu... J'ai bien aimé cette parenthèse...

mademoiselleC 15/10/2007 21:21

que c'est beau ici!
je sens que je vais m'y inviter plus souvent...si vous le permettez!

lunemalo 16/10/2007 14:07

Qui résisterait à un si joli compliment ?? ;-))