Un solide murmure...

Publié le par lunemalo

Soliloquer. On voit souvent remuer sans bruit les lèvres des vieilles personnes, per-dues dans leurs pen-sées, personne ne songe à s’en étonner. Elle, même si la retraite est encore éloignée d’une grosse vingtaine d’an-nées, elle n’a jamais cessé de monologuer. À haute voix ou tout bas, mais elle devait parler. Elle ne se prive pas avec les autres non plus, d’ailleurs, c’était un petit moulin à paroles dans ses jeunes années et ça ne s’est pas calmé. D’où vient tout ce flot, elle ne le sait pas, elle sait juste qu’elle doit le laisser couler, parfois sans le canaliser. Courir au rythme de ses pensées. Écrire, ça n’a jamais été son idée. Enfin, ce qu’écrire veut dire pour elle, inventer, échafauder un monde, le faire exister. Lui donner corps et âme, en faire un substantifique mets. Elle est sagittaire, on lui a dit un jour qu’elle ne savait pas inventer, mais qu’il suffisait qu’on lui donne deux pierres pour qu’elle bâtisse un château avec la plus grande facilité. Ce n’est pas tout à fait vrai. C’est vrai qu’elle a besoin d’une fondation pour édifier ses récits, d’un mot, d’une image, d’un son ou d’une sensation ; ce n’est pas vrai en revanche qu’elle en fait un palais. Elle préfère l’idée d’une maison accueillante et douce, à la lumière tamisée, où il fait bon s’éterniser.

 

 

Évidemment, un blog, c’était une voie toute tracée. Parler sans se faire voir, laisser libre cours à ses pensées sans être jugée tout en aimant à l’avance ces petites traces qu’on lui laisserait, ça la faisait rêver. Avec le risque toutefois d’une écriture « orientée », qu’elle n’a pas su éviter. Ou plutôt dans laquelle elle s’est cachée. Elle le savait, mais fallait-il oser ? Oublier qu’Internet attire tout et n’importe qui, que parler de soi ainsi devant d’invisibles lecteurs peut être mal interprété, que ses proches pourraient être étonnés ou même perturbés ? Pendant longtemps, elle n’a donc pas osé, sauf dans quelques billets, parce que l’émotion l’habitait plus impérieusement que d’habitude. Et puis, un jour, c’est devenu évident. Grâce à quelqu’un qu’elle ne connaît pas, ou plutôt, comme elle l’a si justement dit, qu’elle n’a jamais vu. Elle a pu laisser sortir ces mots qui se bousculaient, qui la bouleversaient parfois, qui voulaient être . Elle a enfin osé écrire comme elle est ‑ sans pour autant tout dire ‑ simplement donner une forme à son monologue intérieur. Trouver un exutoire. Et elle a réalisé ce que sa démarche initiale pouvait avoir de dirigé, de conditionné, comme si elle écrivait sous la dictée. Elle sait qu’elle a fait un grand pas vers plus de sérénité, elle comprend maintenant combien tous ces mots ont pu l’étouffer, combien elle avait physiquement besoin de s’en libérer. Et de ça, elle ne pourra jamais assez remercier.

 

Publié dans Grimoires et palabres

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mademoiselleC 30/11/2007 10:55

...sagittaire, du sang paternel andalou, gauchère, une passion pour les belles choses et les petits points..il semblerait que nous ayons pas mal de choses en commun...
mais la comparaison s'arrète là : je suis une bien piètre cuisinière, et je n'ai pas ce talent d'écriture qui aide tant à alléger son bagage.
Continuez, je vous en prie...pour notre plus grand plaisir!

marion 19/11/2007 15:16

tu as bien fait, vraiment. Et encore un heureux hasard...à ce soir

lunemalo 20/11/2007 09:31

Double entendre... Je ne sais pas s'il est heureux, mais il est récurrent...

la mule du pape 17/11/2007 10:59

merci pour ton com......très sympa la balade sur le tien!
Karine

lunemalo 20/11/2007 09:29

Merci à toi, tu es la bienvenue.

silo 16/11/2007 18:09

c'est si bon de se laisser à sortir les mots qui tournent dans notre tête: libérateur parfois!!!

lunemalo 20/11/2007 09:29

Vital ?

venezia 16/11/2007 15:27

Merveilleux pour toi que tu aies trouvé le ton (gris bleu doux?) de ton blog… Plein de bises à une muette-bavarde

lunemalo 20/11/2007 09:29

Gris-bleu... comme mes yeux ;-)) ça pourrait être pire... J'aime bien ton qualificatif, il me va comme un gant...