Thérapie sucrée

Publié le par lunemalo

Elle l’a compris il y a peu, son plaisir de cuisiner est directe-ment lié à l’humeur de la journée. C’est même plus insidieux. Elle a besoin d’être raisonna-blement en paix avec elle-même pour que la préparation des repas ne lui soit pas une tâche si ardue qu’à son côté celles d’Hercule, les douze réunies, ne sont que vague brou-tille. On dit que faire la cuisine est une autre façon d’aimer. Elle, c’est quand elle a du mal à se croiser qu’elle n’y arrive pas. Que les idées la fuient, que rien ne lui fait envie. Alors qu’elle aime tellement ça, même les mots un peu étrangers elle aime les écouter, parfois oser un peu les utiliser. Monder, vanner, foncer, abaisse, roux blanc, déglacer… Et cette maryse, peut-être sa préférée. Peut-être parce qu’elle aime tant faire de la pâtisserie, des douceurs colorées, regarder monter la pâte ou dorer les crèmes renversées. Cette alchimie précieuse, cette vie autonome une fois le four fermé, comme un enfant qui grandit et que, comme un enfant, il faut soigneusement surveiller. 

 

 

Ce soir, tout à coup, elle a eu envie. Elle a sorti des œufs frais, un peu de lait, le mélange de sucres qu’elle prépare à l’avance pour le laisser s’imprégner du parfum de la gousse, des amandes en poudre, de l’eau de fleurs d’oranger divinement parfumée et quelques fraises séchées. Puis rempli et glissé les petits pots au four, dans un bain-marie. Et avec ces blancs qui restaient, elle a décidé qu’elle allait réessayer de faire des meringues. Jusque-là, ça n’a jamais été un franc succès. Trop dorées, un peu molles, tristement étalées sur la plaque graissée, bref, pas de quoi se vanter. Mais elle décide qu’un jour, elle finira bien par y arriver, comme avec la crème Chantilly qu’elle a lamentablement ratée cinq, six fois peut-être ? Pourtant, tout était bien froid, le saladier, la crème, les fouets… Bernique, pas de Chantilly (pas plus que de beurre, d’ailleurs), juste de la crème sucrée très vaguement épaissie. Eh bien, elle ne s’est pas laissé impressionner, elle a persévéré et elle y est arrivée. Alors les meringues cesseront aussi de résister, on peut y compter. Elle fouette longuement les blancs, en admire au passage les reflets nacrés lorsqu’elle verse le sucre, puis les répartit en petits tas dans un joli plat. Elle glisse une cuillère en bois pour entrebâiller la porte, et l’attente commence. Deux gros-ses heures, presque trois, à four tout doux pour que les meringues ne prennent pas couleur ‑ parce que c’est moins joli, une meringue qui a bruni ‑ puis dessus dessous quelques minutes de plus avant de sortir la volette (encore un joli mot, un peu désuet) pour les examiner. La coque sonne sous le doigt, le dessous est juste souple, la malédiction de la meringue est enfin levée.

 

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venezia 26/11/2007 08:40

Miam, les meringues lègèrement molles, … quand nous étions petites, nous avions droit de choisir notre dessert d'anniversaire… et pour moi, immanquablement, c' étaient deux meringues molles réunies à  la chantilly…

telle 25/11/2007 23:26

Miam miam miam chez toi... La malédiction est levée chez toi... mais pas chez moi, ma tarte au citron meringuée d'aujourd'hui était une tarte au citron avec une espèce de couche blanche dessus....
Grrr ! (enfin, j'ai cru comprendre que c'était un souci de cuisson)

marion 24/11/2007 23:44

et j'aime aussi "mélanger..intimement" dans les recettes désuettes. et j'aime aussi les meringues comes celles-ci. Tu as bien fat d'avoir encore essayé.

silo 24/11/2007 16:53

hum tu donnes envie avec tes magnifiques meringues! tu as bien fait de persévérer ;)