Pendant des années, elle l’a acheté. Elle en a même acheté deux, un pour chaque garçon, bataillant sévèrement pour qu’ils n’ouvrent qu’un volet à la fois. Ils adoraient ça, évidem-ment, sans vraiment se soucier de la signifi-cation de ce calen-drier. Ce qui les inté-ressait dans ces jour-nées, c’était la friandise qui venait les couron-ner. Cela fait partie des souvenirs d’enfance qu’elle leur a fabriqués sans y penser et elle aussi se demande parfois, un peu amusée, ce qu’ils en transmettront à leurs propres enfants.
L’année dernière, tout de même, elle a fermement refusé d’acheter encore de ces calendriers. Plus vilains chaque année, hors de prix et si loin de la tradition, il n’en était plus question. Puis, devant la mine déconfite de ses deux grandins régressant à vue d’œil sitôt le 1er décembre, elle s’était laissé attendrir et leur avait offert à chacun un ballotin de chocolats, à la condition expresse qu’ils ne s’en empiffreraient pas dès qu’elle aurait le dos tourné. La princesse étant encore trop petite pour tomber déjà dans cette marmite marketing, les choses en étaient restées là.
Cette année, c’est différent. La princesse est entrée à l’école, certes pas chez les « bonnes sœurs » mais dans un établissement catholique. Elle y découvre déjà certaines pratiques, même si le prosélytisme n’est pas de mise, et on lui expliquera vite ce qu’est la période de l’Avent et ce qu’elle représente pour les chrétiens. Et puis, plus prosaïquement, elle va finir par remarquer ces drôles d’objets qui garnissent les rayons à cette période de l’année. Mais elle, elle ne veut plus acheter. Moins, en tout cas. De plus en plus, elle s’essaie à fa-briquer elle-même et elle y prend un vrai plaisir. Elle a réfléchi à ce calendrier, à la ma-nière dont elle pourrait avec lui ritualiser l’at-tente de ce jour mysté-rieux. Du bric à brac, ce qu’elle appelle ses trésors, elle en a accu-mulé. Un véritable in-ventaire à
Cette année, elle l’avait annoncé, mais l’idée restait un peu coincée entre deux neurones, une fois le contenant choisi. Puis un après-midi, tout s’est dé-coincé. Elle est allée farfouiller dans ses vieux papiers et ses cartes anciennes, elle a décroché un ange qui pendait, résigné, sur une couronne de brindilles… et puis elle a fait des essais. En fait, ça y était. C’est toujours comme ça : les idées qui baguenaudent, im-possibles à attraper, fuyantes et vives comme de l’eau. Puis une se décide, se présente au rapport et entraîne les autres. Alors, le temps s’arrête et ses mains s’activent. C’est le moment qu’elle préfère, celui où elle respire un peu plus vite, où elle se mord les lèvres jusqu’à les gercer, et dont naîtra - si elle a de la chance - ce qu’elle n’avait fait qu’imaginer. Et à chaque fois elle s’émerveille de voir que l’accumulation un peu forcenée, apparemment désordonnée, est en fait très organisée. Que tout s’accorde comme par magie, alors qu’elle ne prévoit jamais, qu’elle cueille, ramasse et rassemble sans méthode consciente, sans idée préconçue. Et lorsqu’on lui demande, « mais qu’est-ce que tu vas en faire ? », elle ne répond même plus. Elle se contente de sourire, de hausser les épaules et de laisser le temps filer.
