Elle n’aime pas ce mot. Déco de Noël. Elle sait bien que c’est un peu de l’intran-sigeance, elle ne le dit pas trop fort, mais décidément elle ne l’aime pas. Elle trouve que ça gâche un peu ce mystère, cette petite magie de dé-cembre qu’elle aime comme une enfant, cette atmosphère. Mais ce mot-là non plus elle ne l’aime pas. Trop galvaudé. Encore un brin d’intransigeance, elle le reconnaît, sûrement une déformation due à la routine quotidienne… Là où elle est bien attrapée, c’est qu’elle ne sait pas trop par quoi les remplacer, ces mots formatés qu’il faut bien utiliser. Ambiance ? Même pas la peine d’y penser ! Mise en scène ? Ça s’améliore, d’autant plus qu’elle aime passionnément le théâtre et la vie qu’il sait inventer. On pourrait y penser… Mais en attendant les jours filent, et sa maison a pris doucement son visage de fin d’année.
Elle ne réfléchit jamais vraiment, enfin elle ne décide pas. Les choses se font d’elles-mêmes, évoluant doucement, cela dépend de la couleur du ciel un jour particulier, d’un tissu qu’elle aura touché,
d’une plume ramassée ou d’un rameau qui aura tranquillement séché, petit trésor précieu-sement ramené de promenade. Et une fois encore ces éléments disparates, petits bouts de rien sans valeur, sans relation connue ou évidente, vont se marier pour créer un univers éphémère qui disparaîtra aux pre-miers jours de la nouvelle année.
Elle a ses préférences, tout de même, et des refus tout aussi marqués. La transparence bien sûr, aussi loin que remontent ses souvenirs, le blanc et l’argent, plus récemment l’or assourdi et le rouge foncé. Pas ou peu de guirlandes, sauf de lucioles minuscules, blanches impérativement, dont elle s’acharne chaque année à dissimuler le fil pour que le sapin ait seulement l’air habité d’étoiles. Des rubans à foison, parfois, qui réchauffent le vert et lui rendent vie par leur imperceptible mouvement. Des cannes en sucre d’orge, une année, qui avaient fait rêver les garçons encore assez petits pour s’émerveiller de voir pousser les bonbons aux branches de l’arbre-roi. Et puis, au gré de l’imagination, des fleurs fraîches, des plumes, de minuscules images de Noël surannées…
Cette année, c’est le calendrier de l’Avent qui a donné le ton : la maison prendra des airs de forêt enchantée. La cheminée de la salle à manger, où le délicieux trésor a été placé hors de portée de menottes un peu trop empressées, a été la première à subir la métamorphose. Une couche de mousse est venue adoucir le marbre noir un peu austère, les dernières châtaignes, déjà un peu séchées, attendent çà et là de disparaître doucement dans l’humus odorant où la neige forme des dessins hésitants.
Une mystérieuse grenouille, probable Prince charmant, surveille d’un œil ardent le jeune éphèbe rieur qui pourrait bien lui ravir le cœur de la princesse et espère - vainement ? - que les roses magiques sauront lui faire voir la beauté par-delà la pauvre défroque à laquelle un sort funeste l’a condamné.

Quelques jours ont passé, dans l’attente du marché de Noël et du marchand chargé de sa moisson de sapins alsaciens. Pendant ce temps, la forêt faisait une timide entrée dans le salon, irisant d’un doux scintillement le lustre fleuri où un oiseau fabuleux a abandonné en passant quelques plumes d’un blanc éclatant. Sur la vitrine elle a laissé sa marque aussi, tapis de mousse semé de bulles de givre sur lequel deux anges de cristal veillent silencieusement. Confusément consciente que cette débauche de nature dans la maison annonçait quelque chose de plus grand, la princesse s’emplissait les yeux de cette étrange féerie et considérait sa maman d’un œil nouveau : elle aussi est donc capable de s’inventer des histoires enchantées…
Dernier acte, une semaine avant Noël : le sapin est arrivé, encore tout auréolé du vent glacé qui soufflait devant la collégiale. Pas très grand car les pièces de cette maison bourgeoise ne lui offriraient pas l’espace qui le mettrait en valeur, mais régulier et bien fourni, la branche fière et l’aiguille luisante. Cette année il avait été décidé qu’il prendrait place au pied de l’escalier, où on pourrait l’admirer sans se bousculer, à travers les vitres qu’un givre magique a blanchies. Des cristaux de neige ont été semés sur le grand drap tendu derrière lui, et une branche qui semble onduler est venue se poser en fragile équilibre, orchestrant un silencieux ballet de végétaux séchés et de transparences de gel. 

La rampe de l’escalier s’est ensauvagée de branches de sapin et d’une chevelure de lin, la mousse et les pommes de pin
ont pris possession des marches. Le ruban lumineux que prolonge la cascade de perles de la rivière gelée allume des reflets éphémères sur les stalagtites qui accom-pagnent le visiteur pen-dant sa montée. Dans le secret des branches, trois frères ours - du plus clair au brun foncé - montent une garde éternelle, silencieux détenteurs du mystère de Noël…

Bonjour, je viens de decouvrir ton blog et j'aime la facon dont tu t'exprimes. J'aimerais garder le contact avec toi et je t'invite a mon tour decouvrir mon petite monde sur http://lidia-world.c.la
Bisous et a bientot;
Lidia
...je suis sous le charme de ces "rencontres" magiques...
Merveilleux Noël à vous, et à tous ceux qui enchantent votre vie***
Quelles beautés... Tu as le don de faire entrer la féerie dans la vie quotidienne. Comme je te crois quand tu dis que ta fillette s\\\'émerveille.
Cette mousse est une idée parfaite, moelleuse et raffinée dans son extrême simplicité. Je gared aussi pour l\\\'an prochain l\\\'"ambiance" de l\\\'escalier.
Bises.
Bonne année 2008!
Ma chère Michèle, Noël a été aussi serein que possible, et c'est un peu grâce à toi... Je t'embrasse, à bientôt...