L’année dernière, pour la première fois, elle avait osé. Jusque-là, elle s’était toujours contentée de réinventer le décor familier pour lui donner des airs de fête et de passer des heures - divines - à faire ses petits paquets, deux des grands plaisirs de l’année. Pourtant, ce n’est pas forcément une période aussi féérique qu’on aimerait le croire mais elle persiste, envers et contre toutes les petites et grandes fâcheries, les rancoeurs inassouvies et les non-dits. Elle s’obstine, pour dire les choses clairement, malgré son amoureux même qui la voit déjà s’étourdir dans une entreprise trop lourde pour elle, où elle s’épuisera. Alors elle fait un peu semblant, elle prend un bloc et un crayon d’un air conciliant et allons-y gaiement pour l’organisation : le dîner, première préoccupation, faire simple mais délicat, raffiné et appétissant… Autant vouloir trouver un mouton à cinq pattes la semaine des quatre jeudis, lui dira-t-on, et on aura raison, mais haut les cœurs, sus aux recettes éprouvées ou plus hardies, que la fonte mijote, que le four ronronne et que l’argenterie rutile !
La fameuse « déco de Noël » ensuite. Vaste entreprise là encore, mâtinée d’un soupçon de mégalomanie. Mais les fâcheux éventuels, les grincheux de
Enfin, trois fois enfin... l’heure est aux soupirs récurrents, aux lamentations d’automne finissant et aux éternels questionnements : grands dieux et tous leurs saints, qu’offrir, que ne pas offrir ? C’est ainsi, Noël a ses tourments que la raison ignore, qui hantent les nuits de l’Avent et désespèrent les banquiers.
Elle n’échappe pas à la règle, malgré la résolution ferme comme le roc d’y penser, de prévoir, de glaner de doux présents tout au long de l’année, au hasard des promenades, des brocantes et des escapades. Ne serait-ce pas merveilleux, de franchir la porte d’une nouvelle rentrée déjà doucement chargée d’une manne finement choisie, parfaitement adaptée aux goûts et aux envies des personnes chéries ? Le merveilleux étant par définition un phénomène à éclipses, il faut bien reprendre pied dans la réalité lorsque novembre emporte avec lui ses vilaines brumes de pluie et que le 1er décembre sonne le glas de ses espérances de fourmi prévoyante.
Cette année donc, elle a pris son courage à deux mains et décidé qu’assez c’était assez, elle allait tout faire elle-même. En 2006, elle avait timidement glissé au milieu du reste un petit panier de baumes, d’huiles et de poudres parfumées ho-me made pour sa mère et sa sœur. 2007 serait l’année de la couture ! Son habileté en la matière est encore bien mince, elle a surtout beaucoup lu, fait quelques essais qui l’ont encouragée et acheté de telles brassées de tissus qu’il allait bien falloir qu’elle les transforme en quelque chose… En théorie, la dite chose a été vite réglée : pour son père, une belle écharpe de monsieur, laine beige cendré et soie brochée, pour sa mère une pochette « utilitaire » pour ranger carnet de chèques, cartes et menus papiers, et pour sa sœur enfin, un joli sac à main.
Tout fringants après ce galop préliminaire, ses neurones se sont remis au trot pour passer à la phase deux de l’opé-ration : la conception. Le plus dur étant fait, à savoir se répéter dix fois par jour qu’elle réussirait jusqu’à s’en persuader à peu près, restait tout de même le passage de l’idée à la réalité. La chance sourit aux débutants, dit-on, et hasard ou miraculeuse conjonction de ses facultés de concentration et de représentation spatiale, elle a réussi à dessiner deux modèles (parce que tout de même l’écharpe, restons sérieux…) sans jurer qu’on ne l’y reprendrait plus. Et même, osera-t-elle l’avouer, elle a passé des heures bien douces en compagnie de sa machine et de ses aiguilles avant d’aller brandir sous le nez effaré des hommes de la maison, fière comme une coquelette de basse-cour, les modestes merveilles qu’elle a préparées. La dernière, elle ne l’a montrée qu’aux garçons car c’est à l’amoureux qu’elle est destinée : une écharpe encore, de lourde soie brochée comme celle d’un lord anglais...
Son petit cadeau à elle, c’est de découvrir, enchantée, à quel point le travail de ses mains a le pouvoir de l’apaiser...

Il faut vraiment que tu te transformes en petite souris (et que tu aies le don d'ubiquité) ;-))
A bientôt...
Que s'est-il passé ?
Je te prie de m'excuser...
Au moment même où tu déposais tes mots chez moi, j\\\\\\\\\\\\\\\'étais en train de découvrir ton billet sur bloglines ! Charmante coïncidence...
Il y a quelques années, j\\\\\\\\\\\\\\\'ai moi aussi confectionné des crèmes et ce fut très apprécié par ma mère et mes soeurs. Des savons aussi, ma fille m\\\\\\\\\\\\\\\'avait aidée.
Parfois, je laisse ma machine à coudre de côté, pas le temps, pas le temps, vraiment pas le temps... et puis je ne travaille pas pour autant. Je viens de me rendre compte il y a quelques semaines que cette activité me prend du temps mais qu\\\\\\\\\\\\\\\'elle m\\\\\\\\\\\\\\\'apporte de l\\\\\\\\\\\\\\\'énergie au centuple pour faire tout le reste laors je ne m\\\\\\\\\\\\\\\'en prive plus.
Je partage complètement ta dernière phrase.
As-tu reçu mes deux mails ?
Je t\\\\\\\\\\\\\\\'embrasse.
Les savons maison je dois faire un 'atelier' cette année avec une amie très douée...
Ce que tu fais en couture me fait rêver... j'ai encore du travail avant d'être à l'aise mais quel plaisir... Je suis plus que d'accord avec toi sur la force que ça procure (et sur le fait qu'en se refusant ces petits plaisirs, on ne reporte pas pour autant son énergie sur le reste...)
Je t'embrasse.
C'est Blaise Pascal, je crois, qui disait que le malheur des hommes vient de ne pas savoir demeurer en repos dans une chambre... C'est une évidence pour moi, sachant que ce fameux repos est de savoir s'occuper seul, sans être le jouet d'une 'distraction' extérieure. C'est un grand cadeau qu'on m'a fait, et que j'essaie de transmettre à mes enfants.
Quant au Grand Meaulnes, si tu savais Pénélope le compliment que tu me fais...