Atelier de lutins

Publié le par lunemalo

L’année dernière, pour la première fois, elle avait osé. Jusque-là, elle s’était toujours contentée de réinventer le décor familier pour lui donner des airs de fête et de passer des heures - divines - à faire ses petits paquets, deux des grands plaisirs de l’année. Pourtant, ce n’est pas forcément une période aussi féérique qu’on aimerait le croire mais elle persiste, envers et contre toutes les petites et grandes fâcheries, les rancoeurs inassouvies et les non-dits. Elle s’obstine, pour dire les choses clairement, malgré son amoureux même qui la voit déjà s’étourdir dans une entreprise trop lourde pour elle, où elle s’épuisera. Alors elle fait un peu semblant, elle prend un bloc et un crayon d’un air conciliant et allons-y gaiement pour l’organisation : le dîner, première préoccupation, faire simple mais délicat, raffiné et appétissant… Autant vouloir trouver un mouton à cinq pattes la semaine des quatre jeudis, lui dira-t-on, et on aura raison, mais haut les cœurs, sus aux recettes éprouvées ou plus hardies, que la fonte mijote, que le four ronronne et que l’argenterie rutile !  

 

La fameuse « déco de Noël » ensuite. Vaste entreprise là encore, mâtinée d’un soupçon de mégalomanie. Mais les fâcheux éventuels, les grincheux de la Nativité, les empêcheux de fin de d’année, elle les ignore superbement et passe son chemin, croulant sous les anges à débarbouiller et les guirlandes à démêler. Elle prend bien soin de garder un air compassé, des fois qu’on l’accuserait de s’amuser. C’est que ce sont affaires sérieuses, point n’y faut ricaner. Il ne manquerait plus que ça, que ce soit la saison de plaisanter !  

 

Enfin, trois fois enfin... l’heure est aux soupirs récurrents, aux lamentations d’automne finissant et aux éternels questionnements : grands dieux et tous leurs saints, qu’offrir, que ne pas offrir ? C’est ainsi, Noël a ses tourments que la raison ignore, qui hantent les nuits de l’Avent et désespèrent les banquiers.  

 

Elle n’échappe pas à la règle, malgré la résolution ferme comme le roc d’y penser, de prévoir, de glaner de doux présents tout au long de l’année, au hasard des promenades, des brocantes et des escapades. Ne serait-ce pas merveilleux, de franchir la porte d’une nouvelle rentrée déjà doucement chargée d’une manne finement choisie, parfaitement adaptée aux goûts et aux envies des personnes chéries ? Le merveilleux étant par définition un phénomène à éclipses, il faut bien reprendre pied dans la réalité lorsque novembre emporte avec lui ses vilaines brumes de pluie et que le 1er décembre sonne le glas de ses espérances de fourmi prévoyante.

 

 

 

Cette année donc, elle a pris son courage à deux mains et décidé qu’assez c’était assez, elle allait tout faire elle-même. En 2006, elle avait timidement glissé au milieu du reste un petit panier de baumes, d’huiles et de poudres parfumées ho-me made pour sa mère et sa sœur. 2007 serait l’année de la couture ! Son habileté en la matière est encore bien mince, elle a surtout beaucoup lu, fait quelques essais qui l’ont encouragée et acheté de telles brassées de tissus qu’il allait bien falloir qu’elle les transforme en quelque chose… En théorie, la dite chose a été vite réglée : pour son père, une belle écharpe de monsieur, laine beige cendré et soie brochée,  pour sa mère une pochette « utilitaire » pour ranger carnet de chèques, cartes et menus papiers, et pour sa sœur enfin, un joli sac à main.

 

 

 

 

 

 

Tout fringants après ce galop préliminaire, ses neurones se sont remis au trot pour passer à la phase deux de l’opé-ration : la conception. Le plus dur étant fait, à savoir se répéter dix fois par jour qu’elle réussirait jusqu’à s’en persuader à peu près, restait tout de même le passage de l’idée à la réalité. La chance sourit aux débutants, dit-on, et hasard ou miraculeuse conjonction de ses facultés de concentration et de représentation spatiale, elle a réussi à dessiner deux modèles (parce que tout de même l’écharpe, restons sérieux…) sans jurer qu’on ne l’y reprendrait plus. Et même, osera-t-elle l’avouer, elle a passé des heures bien douces en compagnie de sa machine et de ses aiguilles avant d’aller brandir sous le nez effaré des hommes de la maison, fière comme une coquelette de basse-cour, les modestes merveilles qu’elle a préparées. La dernière, elle ne l’a montrée qu’aux garçons car c’est à l’amoureux qu’elle est destinée : une écharpe encore, de lourde soie brochée comme celle d’un lord anglais...

Son petit cadeau à elle, c’est de découvrir, enchantée, à quel point le travail de ses mains a le pouvoir de l’apaiser...

 

Publié dans Season's Greetings

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marion 07/01/2008 23:42

ca me donne tellement envie de reprendre la machine, et d'pprendre, apprendre, apprendre et de se faire tellement plaisir

lunemalo 09/01/2008 11:23

Apprendre seule, ce n'est pas toujours facile, on a parfois envie de poser des questions qui paraissent idiotes, mais quel plaisir tout de même de réussir à faire naître quelque chose... C'est une véritable drogue...

cris 06/01/2008 19:00

je vois ma belle, que tu mets du coeur à l\\\'ouvrage !!! J\\\'aurais aimé voir le bonheur dans les yeux de tes proches quand ils ont ouvert leur paquet...toujours autant de douceur dans tes posts que je lis presqu'en catimini !!! bises

lunemalo 09/01/2008 11:22

Il faut vraiment que tu te transformes en petite souris (et que tu aies le don d'ubiquité) ;-))
A bientôt...

mademoiselleC 06/01/2008 18:16

...immense joie que celle de recevoir un cadeau fait avec le coeur...je pense que ces merveilles ont été accueillies avec plaisir!

lunemalo 09/01/2008 11:21

J'espère aussi que leur destinataire y retrouve un peu de mon affection...

venezia 06/01/2008 18:02

le plaisir des cadeaux, c'est  d'abord de les inventer … tu t'es donc bien amusée…

lunemalo 09/01/2008 11:21

Tu me connais bien...

lasourceauxbois 05/01/2008 21:14

Toute l'attention que tu portes aux autres est résumée dans ce billet : tu es dans le don, Lunemalo, et tes proches ont beaucoup de chance.

lunemalo 09/01/2008 11:20

C'est un magnifique compliment que tu me fais là, que je ne suis pas sûre de mériter mais dont je te remercie sincèrement.