La brocante du dimanche...

Lundi 12 novembre 2007

Le jour où ils ont déména-gé, où ils ont quitté Paris, elle a tout regardé. Pour dire « au revoir, je revien-drai, mais maintenant la vie m’appelle ailleurs », là où les immeubles ne barrent pas la vue à perte d’horizon. Descendre en-core une fois la longue rue de Tolbiac jusqu’à la Seine, puis la porte de Bercy, l’autoroute avec les noms qui lui rappellent la campagne de l’enfance, la nationale 4. La route est longue, elle a eu tout le temps de regarder les champs de l’été, de chercher des formes étranges dans les nuages paresseux, de s’approprier, le cœur un peu serré, cette région qui serait désormais la sienne. Le plus grand département d’Ile-de-France, qu’il referme à la manière d’une large parenthèse, dernière étape avant le grand Est. Elle faisait le chemin inverse des anciens colons dont elle a tant étudié la vie, et qui ne rêvaient que d’ouest. Elle se sentait un peu perdue, comme prise d’un léger vertige. Les nausées encore présentes - elle n’avait pas fini le troisième mois - et la vague odeur d’essence y étaient peut-être pour quelque chose…  

  

Puis la voiture était arrivée au carrefour, celui qui marquait vraiment l’entrée dans ce nouveau territoire à explorer, à faire sien, où ses enfants continueraient de grandir, où la princesse naîtrait dans quelques mois. Un tout petit écriteau, encore 21 kilomètres avant d’arriver dans la ville, récemment inscrite au Patrimoine mondial de l’humanité. Elle ne savait pas exactement ce que c’était, elle s’était promis de se renseigner. En fait, elle réalisait à quel point elle avait pu être « parisienne ». Elle ne s’était jamais aventurée jusque-là, n’y avait même jamais pensé… Elle se disait que c’était quand même bizarre, elle qui aime tant la campagne, qui en garde des souvenirs si essentiels. Elle s’en rapprochait, de cette campagne maternelle, de ces forêts sauvages où rôde le légendaire sanglier, et c’était doux, cette pensée.  

  

Le voyage était presque terminé, sur le bord de la route, à droite, un de ces petits panneaux drôlement penchés qui indiquent un hameau, un petit bourg, parfois seulement deux ou trois maisons amoulonnées au bord de la route, perdues au milieu des champs. Elle avait remarqué le nom, tellement français : Cucharmoy. Elle s’était dit qu’ils devraient y aller, parcourir la campagne comme des touristes, s’arrêter où ils voudraient, se perdre un peu pour mieux découvrir les petits secrets de cette campagne qui était désormais à eux. Et puis trois ans avaient passé. Les visites qu’on s’était promis de faire, ces noms poétiques sur la carte, ils les avaient mis de côté. Il avait fallu s’installer dans l’immense maison qu’ils avaient trouvée en haut de la ville, plonger dans cette nouvelle atmosphère. Se frotter au passé partout présent, dans l’inscription datant de 300 ans que les touristes s’acharnaient à déchiffrer‑ sans succès puisqu’elle était écrite en vieux français et à demi-effacée ‑ dans la tour carrée surplombant tout de sa masse austère, dans les souterrains qu’elle n’avait pas visités mais dont elle sentait le souffle glacé. Les mois avaient vite passé, la princesse était née aux premières neiges de l’année et la vie avait continué. Ils s’acclimataient doucement, sans vraiment se poser de questions, ils se pliaient au rythme des saisons. Puis il avait fallu partir, trouver une autre maison, car celle qu’ils avaient louée avait été rachetée et serait bientôt transformée en annexe de l’hôtel voisin. La valse avait recommencé. Redescendre les cartons du grenier ‑ certains n’avaient même pas été débal-lés ‑ trier, organiser et surtout rêver. Rêver à cette maison qui allait devenir leur maison de famille, une maison qui avait déjà abrité une famille heureuse, les parents et leurs cinq enfants. Ils avaient donc quitté la ville haute pour s’y installer.

  

 

Une grosse année a encore passé, jalonnée d’événements désormais familiers, le marché de Noël devant la collégiale, la fête médiévale de l’été et ses templiers, la fête de la moisson couronnée de blé… Encore une rentrée. Avec une grande nouveauté, cette année, puisque la princesse a pris le chemin des écoliers...

  

 

L’automne est bien là, novembre pose ses doigts froids sur les maisons et pleure aux fenêtres, tandis que le vent secoue les portes mal fermées. Les vide-greniers se sont clairsemés, la faute à l’hiver qui arrive et à Noël qui commence à occuper toutes les pensées. Il en restait un sur le petit agenda. Celui du 11 novembre. À Cucharmoy. Elle avait souri toute seule en lisant le nom sur le petit papier qu’elle avait ramassé la dernière fois, elle s’était promis d’y aller. Car depuis ce mois de juillet où elle l’avait croisé pour la première fois, elle ne manquait jamais de guetter le panneau quand ils rentraient d’une escapade à Paris. Alors hier, quand la princesse les a appelés, ils se sont dépêchés. Sur la route déserte, au milieu des champs abandonnés, trois courageux à la queue-leu-leu. Il fait chaud dans la voiture, mais dès qu’ils sortent, un vent glacé les gifle. Il faut s’emmitoufler, enfiler les gants et rabattre la bulle sur la poussette pour que la princesse ne se transforme pas en reine des neiges ! De toute façon, on dirait qu'il n'y a pas grand-monde, ce sera vite fait, et on pourra se réchauffer avec une bonne tasse de thé.

  

 

 Il n’y avait pas grand-monde, c’est vrai, mais malgré le vent, le froid, et l’aspect un peu désolé de ce vide-greniers, ils ont encore trouvé des petits trésors… Comme pour les remercier de s’être déplacés. Un petit poële de fonte-jouet et ses ustensiles, une boîte à couture tendue de tissu fané, une magnifique garde-robe de poupée, achetée à cette dame qu’on reconnaît, un vieux miroir dédoré et un cadre à restaurer, un service de faïence miraculeusement conservé. Ils sont chargés comme des baudets, mais heureux comme tout avec ces petits riens qu’ils viennent d’adopter.

 

    

 

 

 

 

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Mardi 30 octobre 2007

Mamaaan ?

 Toutes les journées commencent ainsi, avec ce petit réveil-matin parfois enjoué, parfois chagrin. Ce dimanche, la petite voix secoue le sommeil, la ramène à la réalité du jour déjà levé. Elle murmure « jarrive », sans bouger, ça devrait lui assurer cinq minutes de répit, les plus délicieuses...

 

 

 

Ça ne tarde pas à recommencer. Un marmonnement doux, puis plus fort, un bourdonnement rigolo qui va crescendo pour culminer dans un « Maman ! » bien plus déterminé. Cette fois, il faut y aller. Sortir le nez de loreiller, poser par terre un, puis deux pieds, ouvrir la porte vitrée. Soulever le petit corps tout chaud, marcher à pas de loup et chuchoter pour faire comme si Papa dormait encore, descendre lescalier.  

 

Cest à ce moment quelle se souvient. Aujourdhui, une petite ville voisine vide ses greniers, comme trois ou quatre fois lan, cest étonnant ce que ses habitants peuvent accumuler... Dailleurs, ces habitants, elle se rappelle la première fois quils les ont vus et leur stupéfaction, cette impression dêtre tombés dans un film de J-P Mocky. De croiser des familles étranges, dont les visages égarés pouvaient laisser tout supposer. Ils ont su après que cette impression était très partagée dans la région. Pourquoi cette ville, nul ne le sait, mais ça leur avait fait un peu froid dans le dos. Depuis, ils y sont retournés et létrangeté a perdu de sa force, ils sy sont sûrement accoutumés.  

 

Aujourdhui donc, pas de petit-déjeuner qui séternise, il faut shabiller chaudement à cause de lhumidité, permanente ici, emmener des sacs car on ne sait jamais, et partir dans la campagne ensoleillée où flotte lodeur délicieuse des premiers feux de cheminée. 

Ils arrivent, un peu étonnés mais pas fâchés de voir si peu de monde, ils ont déjà leurs habitudes. Se garer sur le bas-côté, devant cette immense bâtisse, une ancienne ferme fortifiée qui se délabre doucement et qui défend son entrée dun « Attention, danger, chien méchant ». Ils prennent la première allée, droit devant, cheminent le long des stands, un peu moins nombreux peut-être que la dernière fois. Elle fait quelques haltes, de-ci et de-là, mais rien ne tire vraiment son oeil. Il flotte dans lair, déjà, une odeur de saucisses quon grille et de beignets. Il y a tout et nimporte quoi. Devant certains objets improbables quasiment jetés sur le sol, exhalant un fumet tenace de pipi de chat, elle se demande parfois comment un grenier peut contenir autant de saletés... Et surtout comment on peut avoir lidée daller les proposer ? Puis elle se souvient du paquet de linge quelle avait acheté sans barguigner, la dernière fois, 10 € le gros ballot, et qui avait révélé des merveilles inattendues. Cest dedans quelle avait trouvé une collection de brassières de bébé, une robe de poupée copiée sur les chemises de jour anciennes, des culottes fendues en veux-tu en voilà... Il avait fallu tout désinfecter et laver plusieurs fois, mais quelle découverte ! Alors elle se penche quand même, elle saccroupit, retourne, soupèse, en faisant bien attention davoir lair blasé. Parce quici plus quailleurs, cest à la tête (et au portefeuille supposé) du client, alors surtout, il ne faut pas paraître intéressé. Sur le parvis de léglise, les stands se déroulent comme un seul ruban tournicoté. Les propriétaires se connaissent tous, ça rigole, ça parle fort, veste de chasse pour les hommes ou en grosse laine pour leurs épouses. Au milieu dun tas dobjets mélangés, ce qui ressemble à des chiffons. Dailleurs, c'est comme ça que lhomme les désigne lorsquil appelle Madame, seul habilitée à décider du prix de ceux quon a mis de côté. Celui-là, 5 €, et les autres... « Ils sont beaux, ces rideaux, même pas troués, allez, 10 € le tout. » Largent change de mains, on range les chiffons dans le sac, sans demander son reste. Presque rien, en effet, juste un dessus de berceau ou de landau ancien, soie rose thé et magnifique travail de dentelle, tout bordé de tulle volanté, pas un trou, pas une tache, la soie nest pas fusée... Un trésor comme on en trouve peu. Et les fameux rideaux, tulle joliment grisé par lâge, large bord de dentelle impeccable, prêts à poser après un sérieux lavage, tout de même. Et encore deux bandes de tulle très joliment rebrodé, véritable haut relief textile... Ça commence joliment, on dirait. Plus loin, un carton posé, sans grand intérêt, sauf dans le fond où se cachent une autre petite robe de poupée et deux cartons de dentelle de tulle, encore, cest vraiment la journée...

Retour de lautre côté de la rue, pas grand-chose dintéressant, ou alors à des prix indécents. Au carrefour, on prend à droite, sans trop dentrain. Les dernières fois, il y avait surtout des pyramides entières de vêtements denfant, de chaussures éculées et de jouets piteux, lambiance nétait pas trop gaie, mais puisquon est là... Une fois les premiers stands passés, un peu vite parce que ce sont encore des familles venues essayer de gagner quelques sous en vidant les placards dune progéniture trop vite poussée et quelle est un peu triste de voir ça, un peu honteuse sûrement, aussi, la vraie brocante recommence. Là encore, tout le monde se connaît, ça navigue dun étal à lautre, ça sinterpelle gaiement, latmosphère est bon enfant. La fin de la rue est proche quand elle aperçoit du coin de l’oeil un jouet, discrètement posé au milieu de meubles entassés. Une petite poussette, lattes peintes en gris et roues de bois, elle ne doit pas être jeune.

  Le prix est indiqué, pour la forme elle demande au vendeur, pom-mettes rosies et bon sourire, sil la lui laisserait à 15 €. Lhomme nhésite pas un instant, toujours souriant, il na pas lair fâché de sen débarrasser, de son vieux jouet. Elle, son coeur sest mis à battre un peu plus vite, parce quil y a longtemps quelle en cherchait une et quelle avait fini par désespérer. Ils font demi-tour, elle porte la poussette devant elle, comme un enfant, la princesse la regarde dun air qui lui montre quelle ne sest pas trompée, « Cest pou moi ?? ». Oui, cest pour la poupée quon vient de commander et que le Père Noël doit apporter. Il faudra juste la nettoyer, elle est parfaite comme ça. Même la couleur, cest assez drôle, est furieusement dans les tons de lannée...

 Tandis quelle marche, plusieurs personnes admirent le jouet, regrettant de ne pas lavoir trouvé avant elle, un homme même, visiblement un brocanteur professionnel, la hèle pour lui demander combien elle la payé. « Mais vous nallez pas donner ça à votre fille, elle va le casser ! ». Si, elle va la lui donner. Et quand elle regarde les yeux de la princesse qui se tournent régulièrement vers elle, avec un air de joie quelle lui a rarement vu, elle se dit quils ont bien fait de lemmener, ce vieux jouet. 

 

 

 

Ils sont presque partis, et là, elle se dit que cest vraiment la Saint Poupée, parce quelle voit juste devant elle une grande pancarte « 30 € », posée sur un landau. Très vieux, la garniture a connu des jours meilleurs, les montants de la capote ont rouillé, mais il est complet avec son matelas de crin. Le vendeur sourit du fond des yeux, il veut bien chipoter à 20. Ça devient compliqué de tout porter mais tant pis, quel dimanche ! Elle réfléchit déjà à toute vitesse, tandis que la princesse répète encore « Cest pou moi aussi ? », lair définitivement ravie. Elle a deux mois pour le nettoyer, le réparer, refaire la garniture. Deux mois pour quil soit fin prêt à accueillir la poupée quon attend. Un vrai chantier de Noël...  

 

Les gens se retournent sur eux, mais il faut bien dire quelle dis-paraît quasi-ment derrière son charge-ment, et puis elle le voit, ils sont nom-breux à len-vier, mais nombreux aussi à se demander ce quelle va bien pouvoir faire avec ces vieilleries alors que les magasins regorgent de jouets si jolis... Dernier clin d’oeil de ce drôle de matin, elle aperçoit un berceau ancien, presque assorti au landau quelle tient. Mais là, non, elle renonce. La maison est grande, c'est vrai, mais déjà pas mal envahie par les trucs de fille : jouets, doudous et meubles miniatures pour la princesse, tissus, laines, livres, vieilleries et articles de mercerie pour elle. Alors, à regret, elle lui tourne le dos et commence à réfléchir tout haut.   

 

Midi sonne à léglise. En fait, il nest que onze heures, ils avaient oublié. Lheure dhiver... aujourdhui, elle leur a porté bonheur.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Lundi 8 octobre 2007

Dimanche matin. Sur le ciel encore noir, la lune ouvre une fine parenthèse où vient s’inscrire l’étoile du Berger. Il fait très froid, dans les rues encore désertes la camionnette miniature de la voirie cahote bruyamment. Un peu étonné, l’hom-me observe la sil-houette emmitouflée qui vient de refermer doucement la porte d’entrée. Juste le temps d’aller chercher de l’argent, du pain et des croissants frais avant de partir pour la brocante, au bord de la rivière.

 Il fait vraiment froid, l’air pique, l’humidité glisse ses doigts frais dans le cou, remonte sous les manches pour venir s’insinuer dans ces petits îlots de chaleur que l’on tente de protéger, la nuque se raidit. Mais qu’est-ce qu’on fait là à pas d’heure, au milieu des cartons qui sentent le renfermé, dans ce ballet d’habitués qui montent leurs tables pliantes et commencent à disposer plus ou moins méthodiquement vrais trésors et cochonneries certifiées, vestiges improbables et souvenirs délavés ? On fait la « Brocante d’automne ». En fait, on est là parce que le stand a été réservé, qu’il ne faut pas faire faux-bond maintenant, et puis, ça pourrait même être drôle, d’être pour une fois de l’autre côté du miroir. Enfin, quand il fera moins froid, si ça arrive. On est équipé, tout de même. Un joli thermos – attention de ne pas le poser en évidence, on va nous demander combien il coûte – les viennoiseries de la bonne boulangerie, des tasses de faïence, parce que, brocante, soit, mais gobelets de plastique, sûrement pas ! On a un peu de quant à soi…

 La matinée a filé, les badauds déambulent sans trop s’arrêter, un coup d’œil vite fait, « t’as vu les assiettes bleues ? Elles sont belles, ces chaises, vous en voulez combien ? Ah, non, pas de tasses, je ne sais plus où les mettre ! » 

 

 

 On va faire un tour, un premier repérage, on revient un peu vite pour ne pas abandonner trop longtemps le cadet de l’équipe, puis on ne peut pas s’empêcher de repartir, et la valse commence. Quatre gros flacons de pharmacie en verre, une pile d’assiettes en terre de fer où court une guirlande verte joliment désuète, un, deux, puis finalement trois porte-manteaux faux bambou pour remplacer ce vilain perroquet qui lâche de partout, pour l’amoureux, deux jolis flacons de toilette bien carrés à bouchon d’argent et un vieil appareil photo, un fouillis de couture et un vieux fermoir pour laisser la bride à l’imagination, une étagère aux montants découpés qu’on repeindra dans une jolie teinte passée pour improviser une biblio-thèque chez la prin-cesse.

 La princesse… C’était sa journée. Celle pour laquelle on ne regrettera jamais de s’être levée dès potron-minet. Elle était là, fidèle, la dame à qui on avait déjà acheté, l’année passée, du linge magnifique et si bien conservé. Elle était revenue, et son étal en forme de U était toujours aussi beau, piles de serviettes monogrammées, découvertes de draps enrichies de jours compliqués, mouchoirs de linon finement ourlés et bavoirs brodés. Deux petites brassières, d’une absolue simplicité, une paire de petits gants – souvenir de communion – deux napperons de lin bordés de jours. On sera raisonnable pour aujourd’hui… « Si ça vous intéresse, il y a ça, aussi. » Un caisson un peu mis de côté, deux piles bien rangées, des chemises de jour, de nuit, un fond de robe de communiante, une robe de baptême en soie diaphane, une chemise à manches ballon et empiècement froncé, une petite robe années 50 au jupon évasé… La porte du passé s’est entrebaillée, voyage immobile inespéré. La pile monte vite, pas la peine de tergiverser. Tout est dans un état incroyable, pas de rouille, pas de trou, une reprise discrète ça et là, mais c’est tout. Toute une garde-robe pour maintenant ou dans deux, trois ans. La petite robe blanche, bien repassée, sera parfaite pour les beaux jours d’été, la chemise de nuit en coton gratté et sa jolie dentelle réchaufferont les nuits plus fraîches, les chemises de jour seront teintes et viendront se superposer, comme on l’a déjà fait, sur ce petit jupon à garniture de broderie anglaise et une tunique légère. Où sont-elles, les petites filles qui les ont portés, ces vêtements oubliés ? Qu’ont-elles laissé d’elles-mêmes dans les plis si légers, dans l’entrelacs des dentelles ou ce damier fané qui orne col et poignets ? Le croquet si fin, qui l’a cousu patiemment, à points si petits qu’on les distingue à peine ? « Elle est bien jolie, votre petite fille, avec ces vêtements. Ils étaient à vous ? » Non, ils sont venus on ne sait pas trop d’où, au hasard des rencontres et des cartons, trouvailles magiques qu’un peu de savon, de patience et de chaleur rendront à leur beauté première, pour une autre vie éphémère. Ils sont devenus siens, peut-être un jour sa fille les portera, ils auront trouvé une nouvelle famille, une autre raison d’être.  

 

Le moment d’émotion est passé, le gros sac contenant les trésors a vite été serré à l’abri de l’oubli, et c’est un vieux lit de poupée, bois peint et matelas fleuri, qui  viendra clôturer cette journée. « Je l’ai acheté il y a vingt ans pour Lucie, tu te souviens ? ». C’est la maman d’un copain qui vend le jouet joli, un peu émue peut-être de penser à l’enfance en-fuie. Comment saurait-elle qu’il fait écho, loin au fond de la mémoire, à un berceau très différent qui faisait rêver malgré les traces caractéristiques laissées par les mouches sur la garniture de coton et les dentelles passées ? Qui appartenait à une autre mais était resté là, au pied du grand lit de l’aïeule disparue ? Qu’importe, d’ailleurs, ces souvenirs-là sont doux, ils façonnent et font tenir debout, constituent la terre fertile sur laquelle la vie pourra grandir, plus tard, quand le rêve aura fait place  à la réalité.

 

 

 

 

 

 

  

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Lundi 2 avril 2007

Jolie moisson ce week-end...             Un fauteuil bas récemment resanglé, dont je vais améliorer la patine un peu rudimentaire (et peut-être incruster un monogramme ancien sur l'assise ?), deux ravissants napperons en excellent état (une toute petite restauration à faire sur la dentelle du tour), un... surplis ? à la dentelle magnifique et une petite combinaison amusante, boutonnée à l'entrejambe.

   

  

  ... détail de l'encolure coulissée

... merveilleuse architecture de la dentelle     

  ... la combinaison d'une élégante, aux charmants détails : fins plis d'aisance et jeux de jours ...

 

Ce petit flacon appartient à une espèce de collection née comme par hasard, faite de contenants de verre moulé. Ici, on distingue les graduations, grammes d'un côté, cuillères à soupe de l'autre... Je les utilise, selon l'humeur, en vases ou petits flacons de beauté...

 

 

 

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Lundi 26 mars 2007

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 Les vide-greniers ont recommencé à fleurir avec le mois de mars, et celui d’hier, malgré le froid piquant, nous a apporté une jolie petite récolte…

 

 

   

 

 

 

 Un sympathique petit bric-à-brac pour la future lingerie-atelier...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 ... des étuis à aiguille anciens

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 ... des bobines, des bobines

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  ... un repose-fer en aluminium

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Mais aussi...

 

 

 

 

 

 ... une soupière Creil et Montereau en très bon état

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  ... deux mini-chandeliers joliment ouvragés

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 ... deux serviettes à thé blanc et rose délicat

 

 

 

 

Pour se réconforter après avoir eu si froid... des cigares aux amandes maison...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

   ... quelques bouchées à l'orange confite pour 'terminer' la pâte d'amandes

Et enfin, petit clin d'oeil à une amoureuse de Marie-Antoinette et aux ravissantes variations qu'elle lui a inspirées, un thé (flou, mais rose tyrien !) à la rose... 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 ... une tasse aux tons délicats

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 ... un petit plateau réconfortant

 

 

 

 

 

 

 

   

 

La recette idéale pour bien finir une semaine...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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