Maison de famille

Mardi 27 novembre 2007
À sa naissance et pendant quelques mois, la toute petite princesse avait dormi dans le joli berceau que son deuxième frère avait inauguré. Une vraie nacelle de poupée, osier et petit pied, que l'on pouvait faire rouler doucement pour apaiser le bébé. Puis son papa avait monté le lit commandé à Paris dans cette ravissante bou-tique de la rue du Bac et l'avait installé dans leur chambre pour encore quelques semaines, le temps qu'elle grandisse un peu et puisse prendre possession de ses appartements. Le lit de fer avait ensuite été transporté dans cette chambre déjà en gris et blanc, dans le recoin qu'on aurait cru fait pour lui, espèce d'alcôve un peu retirée, habillée d'un ciel de lit à l'ancienne aux rideaux légers. Au-dessus de sa tête, sa maman avait placé un cadre qu'elle avait patiemment nettoyé pour revenir au fil brut du bois, puis légèrement patiné avant d'y encadrer deux tout petits bavoirs anciens bordés de dentelle et finement brodés.  Au pied du lit, le hochet d'argent et son grelot secret qui l'accom-pagnait de-puis sa nais-sance, depuis ce premier jour à la cli-nique où on l'avait sus-pendu au rebord mé-tallique du berceau de plastique, joli rempart contre le mauvais sort.
L'année dernière, la famille avait déménagé pour venir habiter dans une vieille maison qui s'était doucement endormie autour de son unique habitante, vieille petite dame effrontée que ses enfants, sans doute, avaient poussée à vendre. « Elle est bien trop grande pour toi, cette maison, et puis il y fait froid. Tu serais tellement mieux en ville, dans un joli petit appartement, pas loin du Monoprix. » Alors elle était partie, la vieille dame. Plus vite qu'elle ne l'avait prévu, d'ailleurs. Hasard ou signe, elle était tombée dans la rue quelques jours après leur première visite, ne se brisant pas toutefois, comme on aurait pu l'imaginer, le col du fémur mais le genou. Elle n'était jamais revenue dans sa maison. Après un long séjour à l'hôpital, pendant lequel la vie avait continué avec son cortège de formalités, elle était sortie pour s'installer dans ce petit appartement légèrement en retrait de la rue principale, qu'elle pouvait effectivement quitter sans manières pour s'en aller faire quelques pas, voir quelque ami. Eux, ils avaient pris possession de leur maison, un peu abasourdis, le coeur un peu serré parfois à l'idée de tous ces travaux qu'ils avaient pourtant envisagés sans trop s'en inquiéter. Il avait fallu une grosse année pour que les chambres des enfants soient complètement terminées. Celle de la princesse avait été faite en premier et elle l'avait aimée dès sa première visite. Un artisan spécialisé dans le bâti ancien avait été appelé pour créer la chambre espérée. Le grand mur, le plus laid, il l'avait patiemment dénudé à grands nuages d'une poussière asphyxiante qui le faisait clown blanc, révélant comme souvent ici des poutres qu'ils avaient décidé de conserver. Puis il avait soigneusement choisi, spécialement pour sa petite cliente, quelques tout petits cailloux qui viendraient animer le bel enduit de chaux et sable qu'il devait appliquer. La petite fille fascinée ne se lassait pas de glisser ses doigts sur la surface volontairement inégale, un peu rugueuse et douce à la fois. Pour les autres murs, un enduit différent avait été choisi, plus lisse d'aspect et par endroits poli comme un galet, magnifique à caresser. Pour les huisseries, l'homme avait mêlé un peu de noir de Marrakech dans de la peinture blanche et fait plusieurs essais pour enfin obtenir le gris exact qu'on lui avait demandé. Lorsqu'ils avaient emménagé, la chambre, petite mais ravissante comme un boudoir médiéval, n'attendait que sa petite habitante pour se mettre à vivre.
 
Elle avait tout imaginé avant même leur arrivée. Le lit irait ici, presque face à la porte, au fond à droite ce serait la table à langer avec son petit décor de flacons et de brosses, puis on poserait par terre, sur le plancher, le joli tableau noir, l'ar-moire de poupée chinée quelques mois plus tôt, une pile de livres et deux ou trois vieux ours. Le mannequin d'enfant veillerait à l'entrée, vêtu d'une ancienne robe de baptême de piqué blanc. Enfin, au plafond, un lustre à pampille de poupée, littéralement ramassé sur un étal de vide-greniers et acquis pour trois sous viendrait s'installer. La princesse en avait été transportée. C'était la réplique quasi-parfaite d'un lustre plus grand qui trônait au salon, et qu'elle voulait toujours allumer pour en admirer les reflets. Ne manquait plus que le tapis gris-bleu un peu passé, qui déroulait sous ses pas comme un tapis de roses et de volutes compliquées, et les petites mises en scène de poupées miniatures et de dînettes d'alu derrière les vitres de la minuscule commode.
 
Au fil des semaines, des nouveautés avaient fait leur appari-tion. Une chaise de fer forgé, laquée de blanc cas-sé, sur la-quelle les nounours s'étaient d'abord installés, avant qu'un joli lapin blanc ne vienne les en déloger. Puis cette très vieille gravure allemande où un ange aidait deux petites filles à traverser un ruisseau et qui avait sa place toute trouvée, au-dessus de la porte, tel un gardien muet. La bourgeoise Louis XIII peinte par sa grand-mère il y a très longtemps - elle était encore presque une enfant - dans son vieux cadre doré. Et puis la demoiselle à la bague, jolie gravure trouvée aux Puces il y avait bien des années
.  
 
Une page allait maintenant se tourner. Il était presque temps de quitter le lit de bébé pour une couche plus grande, où l'on pourrait dormir, bien sûr, mais aussi rêver, lire sans paroles et câliner ses doudous. Et puis la poupée allait bientôt arriver, il lui faudrait un peu de place parce que la nuit bien sûr, elle aurait peut-être un peu peur et on n'aurait pas le coeur de la laisser seule dans son joli berceau rose. Un nouveau lit avait donc été commandé. Cette fois, il serait en bois et on l'avait choisi brut pour pouvoir le peindre comme on le souhaitait. Ils étaient partis tous les trois, un samedi après-midi, chercher la peinture digne de l'usage qu'on lui réservait. Ils avaient trouvé un ton très doux, très actuel c'est vrai mais dont on ne se lasserait pas et qui réchaufferait joliment les teintes un peu monacales de la chambrette. Il avait monté le lit, elle l'avait peint - deux couches soigneusement passées - puis ciré au pinceau et frotté pour obtenir enfin l'aspect doucement lustré qu'elle avait recherché. La semaine dernière, ils étaient retournés dans cette « boutique », si l'on peut appeler ainsi cette maisonnette à l'écart de la maison de maître, au fond de la campagne, dont la propriétaire, femme ac-cueillante et douce, présentait avec goût un peu de linge ancien monogrammé, de me-nus objets bien choisis et quelques jolies pièces de brocante qui met-taient en valeur des tissus de lin magni-fiques qu'elle vendait en l'état ou transformait de mille manières. La première fois, ils avaient été étonnés de faire une telle découverte, là, quasiment au milieu des champs. Ils ne s'attendaient pas à cela, pour dire la vérité ils étaient venus parce qu'elle cherchait du lin et qu'en ville, ce n'était pas facile à trouver. Ce n'était pas bien loin, ils ne connaissaient pas ce village, alors même s'ils revenaient bredouilles, ils auraient au moins fait une jolie promenade. Ce jour-là, ils avaient déjà fait une belle moisson : un fin mouchoir brodé d'un M., une petite resserre pour la cuisine en paniers superposés, des galons et des pompons de lin brut, un gros rouleau de ces rubans chiffrés dont on marquait autrefois le linge de maison, des coupons de lin aux tons passés... Avec Noël qui approchait, ils étaient sûrs de trouver de doux riens à offrir, une serviette brodée autrefois, un coffret de couturière un peu fané, encore de ces rubans en rouge sur blanc aux initiales compliquées, qui sait ? Ils étaient revenus chargés d'une manne parfumée, senteurs de bougie et de savon mêlées, trois petits coeurs en zinc et des pampilles pour les paquets, une vieille petite sacoche de vélo qui l'avait enchantée, deux mouchoirs portant l'initiale de leur fille et qui iraient rejoindre le petit trousseau qu'ils lui constituaient, au hasard des brocantes et des vide-greniers, et un grand métrage de lin bis imprimé de fleurs, dont on lui ferait une courtepointe douillette.
 
Cette fois, c'est décidé, le dernier samedi du mois, la princesse quittera pour toujours son lit de bébé, pour venir abriter ses rêves et ses secrets dans ce drôle de bateau-prune qu'on lui a préparé.  
 
Par lunemalo - Ecrire un commentaire - Voir les 8 commentaires
Jeudi 15 novembre 2007

La fatigue cède enfin du terrain. Ce matin, pour la première fois depuis longtemps, elle a senti son amoureux se réveiller. Sans bou-ger, elle a ouvert la main pour le saluer. Il fait encore nuit, elle, elle a encore une heure dans le chaud du lit. Après une semaine de marathon, sa journée est cadeau. Des heures rien qu’à elle, dans le silence de la maison. Elle savoure à l’avance ces moments secrets, ces petits riens qu’elle a imaginés, tout en se laissant la liberté de ne rien faire, finalement, si c’est ce qui lui chante. Et justement, elle ne fera peut-être rien mais elle le fera en musique, portée par la voix séraphique de Lisa Gerrard que pour une fois, puisqu’elle ne dérangera pas, elle laissera résonner. Et comme ce n’est pas obligé, elle prend quand même un peu le chiffon pour faire une toute petite beauté à sa vieille maison. Les murs sont encore nus, l’escalier désolé, mais elle resplendit cette vieille dame, elle sourit de toutes ses années.

La sortie de l’école a déjà sonné, les garçons sont rentrés, le rituel du déjeuner peut commencer. La princesse est fatiguée, habituellement elle retourne à l’école pour la sieste et les jeux de l’après-midi, mais aujourd’hui elle va rester là, exceptionnellement. Elle sent bien que ce n’est pas comme tous les jours, que sa maman est plus légère, moins pressée, elle observe le ballet des pinceaux qu’elle prépare, elle voudrait bien participer. Alors, vite avant d’aller se coucher, elle sort cahier et peintures pour entrer dans l’aventure, et joue sans conviction avec les restes du plastique utilisé pour caler les petits présents dans un colis qui partira demain. Elle préfèrerait tou-cher le papier de soie, froisser la cellophane et tirer sur les rubans, mais elle sait bien que c’est non.  

 

 

Elle renonce, et accepte de monter vers la sieste munie du doudou bleu redécouvert il y a quelques jours et hissé depuis au rang d’indispensable compagnon.  

 

La maison a retrouvé son calme, l’heure est venue de s’installer. Ces derniers temps, les projets se sont accumulés. Pour la maison, déjà, puisqu’il faut peindre et patiner les portemanteaux récemment chinés pour remplacer le perroquet bon pour la réforme, et aussi la console de l’entrée et la grande étagère de la salle de bains. Et puis pour la poupée, puisque c’est le mois prochain, déjà, qu’elle va entrer dans leurs vies. Et c’est un vrai petit mobilier qui l’attend, qu’il faut finir de retaper avant de l’installer là-haut, dans la chambre gris et blanc de sa petite maman. Elle commencera par le petit berceau de bois blanc, choisi l’année dernière dans le catalogue de Noël du comité d’entreprise, en prévision, et qu’on n’avait pas encore assemblé. Mais maintenant que la princesse se découvre des envies de materner, il est temps de le préparer. La peinture, ils l’ont achetée la semaine dernière pour le landau ancien, un joli framboise écrasée. Ils ont d’abord cherché la couleur d’origine, juste pour rafraîchir, avant de tomber sur ce rose et de se décider.  

 

Ensuite viendra le tour des fameux portemanteaux, gris pâle et petit effet usé. Et enfin l’étagère à petits casiers qu’elle a récupéré dans la boutique qui vient de fermer et qu’elle veut transformer en calendrier de l’Avent. Elle a son idée, hier soir ils ont mesuré et découpé, organisé et imaginé. D’ici le 1er décembre, il faudra encore le patiner légèrement, tout coller, placer l’ange et l’étoile, ou peut-être un sapin, elle n’a pas encore complètement décidé, et surtout coudre les 24 petits sachets à secrets. Mais aujourd’hui, elle commence par le peindre soigneusement, même si ce n’est pas le plus amusant…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Après la douceur de ce jour et avant d’aller faire le dîner, elle répète en miniature, omelette et carottes en pâte à modeler, pour le plaisir de la princesse qui veut absolument les lui faire manger, et pense à ce documentaire qu’elle regardera ce soir, la grande dame en noir. Elle l’a découverte, vraiment, il n’y a pas si longtemps, même si sa voix parlant d’un oiseau fabuleux la hante depuis des années. Une autre voix de femme qui la fait frissonner. Corps tendu, belle intensité, la silhouette qui chavire et au détour d’une phrase, la chanteuse qui ressemble tout à coup aux chats avec leurs miaous mimés, dans la gorge arrêtés, vibration devinée plus qu’entendue, froissement de l’air qui résonne plus fort qu’un cri poussé. Phrasé virtuose, magie de l’articulé, son chant est violemment physique, impossible à entendre sans que la peau se hérisse du poignet à l’épaule. Les larmes qui montent alors sont évidentes et douces. L’amoureux le sait, qui a appris à vivre aux côtés de cette boule d’émotion sans s’en effaroucher, et s’efface gracieusement tout en restant présent.  

 

Oui, c’était une belle journée. 

Par lunemalo - Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
Dimanche 23 septembre 2007
Il y a ce tableau aimé de Caillebotte. Les raboteurs de par-quet. Des hommes courbés dans le clair-obscur, dénudant peu à peu les lames som-bres, tout un quotidien de labeur calme avec, en filigrane, l’opulence des beaux quartiers.
 
Il était évident dès le début, et malgré l’élan inexpliqué que nous avions tous ressenti en la visitant, que la maison ne s’offrirait pas à nous si facilement. Pas telle que nous la rêvions, en tout cas. La malicieuse vieille dame qui vendait cette bâtisse devenue bien trop grande y vivait seule depuis longtemps, et ni ses enfants ni un mari mort trop tôt, de l’autre côté de la rue, n’avaient entretenu la demeure qui avait abrité leur famille pendant plusieurs décennies. Hormis le gros œuvre – prudemment confié à des professionnels – que nécessitaient quelque 30 ans de négligence et une économie domestique proprement anachronique, il était clair dès le départ que chacun devrait faire ample provision d’huile de coude et de patience.
 
Le plomb installé en maître dans la maison pouvait faire craindre pour la princesse, championne du grattage de murs et autres expériences grisantes. D’une pièce abandonnée aux murs de guingois, un artisan avait donc fait naître pour elle la chambrette où elle pourrait grandir doucement, murs enduits de chaux et de terre et poutres exhumées d’un improbable mélange de plâtre et de charbon. La chambre de son frère aîné avait suivi, la mise à nu des murs couverts d’un papier aux motifs quasi-psychédéliques et posé de travers, à vous donner le mal de mer, précédant l’application d’une patine ensoleillée par le maître des lieux lui-même, pas peu fier de sa toute nouvelle dextérité. Restait, pour satisfaire tous les enfants de la maison, la chambre du cadet. La tristesse de ces chambres qui ne servent plus qu’une ou deux fois l’an, comme figées dans le passé sous le coton de la courtepointe bien tirée, imprégnait cette pièce pourtant grande et claire, ouvrant sur le jardinet deux hautes fenêtres défendues par d’anciennes crémones. Vaste chantier cette fois : dépouiller les murs, couche après couche, d’un affreux papier peint, remplacer les deux ou trois vitres cassées, enduire les murs, laver les années de poussière sur les fenêtres, vaincre le plafond lépreux, peindre enfin… Plusieurs semaines d’efforts, la découverte de techniques anciennes et d’un large panneau de bois, user ses mains dans des dizaines de seaux d’eau chaude, ses ongles sur les zones où subsistaient les derniers résidus, pour révéler les murs dans leur dépouillement premier et pouvoir envisager, enfin, l’appropriation définitive.
 
Les couleurs étaient choisies depuis longtemps : blanc dominant, une large touche de bleu en patine sur le mur faisant face à l’entrée, réchauffés par le brun clair du parquet et les rideaux qui viendraient, plus tard, habiller les fenêtres. Composé spécialement pour cette pièce, le bleu évoque une eau mêlée d’encre. Couleur puissante, assourdie d’ombre brûlée, elle lui imprime une personnalité très particulière. Hier, dernier acte des travaux, le nettoyage du parquet. Evidemment moucheté de peinture malgré les précautions conseillées, il nécessitait un nettoyage laborieux, éponge et eau chaude, lame après lame. Et en ce samedi après-midi, homme et enfants ont recomposé sans le savoir ce tableau célèbre…
 
Frères et soeur au travail
 
 
Par lunemalo - Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires
Jeudi 26 avril 2007

Il fallait vraiment savoir ce que c'était... ou avoir beaucoup d'imagination !

Cet objet étrange et - apparemment - d'une totale inutilité est en fait une loupe de broderie ancienne. On la plantait dans un flacon de hauteur convenable, on la remplissait d'eau et il ne restait plus qu'à examiner de plus près, sans martyriser ses yeux, l'ouvrage placé derrière (plaqué serait un terme plus exact... J'ai eu toutes les peines du monde à faire une photo correcte. Le premier qui dit que de toute façon, les photos et moi... je pleure !).

Ça marche extrêmement bien, et je trouve cet objet incroyablement émouvant. Je l'ai remporté de haute lutte sur eBIIIP l'année dernière. Même sous la torture la plus raffinée je n'avouerai JAMAIS son prix, mais le contempler (à défaut de l'utiliser réellement) et me représenter son ancienne propriétaire, bref retracer dans mon imagination l'histoire de cette loupe, que je devine à ma fantaisie dans les parties plus mates du verre et ses légères rayures, valaient bien que la banquière me poursuive dans la rue, camisole en main...

 

Démonstration par l'exemple :

 

 

 

 

Pas de persiflage... L'aspect ir-régulier des croix est dû à la courbure du verre  !

 

Du Liberty à la loupe...

  

Bravo Michèle, pour ton intuition !

Par lunemalo - Ecrire un commentaire - Voir les 9 commentaires
Lundi 23 avril 2007
Cris vient de dévoiler son atelier, et je l'imagine fort bien rêvant, remuant, as-semblant, testant, pour finalement nous pré-senter une de ces créations dont elle a le secret.
Ma lingerie-atelier à moi devient tranquil-lement réalité, et même si les murs doivent encore être peints, les jolis car-reaux anciens net-toyés et la grande table installée, le soleil printanier joue déjà gaiement sur Madame Pipon, qui trône dans son nouveau fief.
En attendant donc que cette pièce, que je me réserve jalousement (mais que la princesse investit avec délices dès que la porte s'entrouvre... Hasard ?) soit enfin prête à accueillir mes rubans, dentelles, boutons, pinceaux, papiers... j'ai eu envie de tester un peu l'intuition ou le savoir des uns et des autres (Missand, passe ton chemin, tu es hors concours d'office !).
 Voici donc un étrange objet qui prendra place chez Madame Pipon... Une idée ? 
 
 
Par lunemalo - Ecrire un commentaire - Voir les 8 commentaires
Jeudi 22 février 2007
L’échafaudage avait enfin été démonté. Après avoir rayé l’horizon de la cour de ses barreaux de métal auxquels l’œil se heurtait, créant des figures géométriques éphé-mères qui avaient assombri des jours durant le petit salon, il avait laissé place à un paysage un peu dévasté.
La terre uniformément recouverte d’une couche pulvérulente aux tons d’ocre, les feuilles poudrées comme des marquises, la dépouille brisée de l’étrange habitant du jardin s’étalaient désormais sans détours, s’offrant au regard dans toute leur nudité hivernale, la mise défaite, comme victimes d’une mauvaise tempête.
 
Vu de plus près, pourtant, ce triste horizon tentait vaille que vaille de renaître. Ça, là, ici encore, des tentatives timides mais déterminées apparaissaient…
Étrange réminiscence de l’enfance et de ses talus sauvages, des touffes de perce-neige étaient brusquement sorties de terre, exposant sur la terre mangée de cailloux leurs corolles légères au bout d’une tige fine, ployant comme le cou d’un cygne.
Étrange nostalgie que m’offrait cette nouvelle maison, qui me signifiait ainsi que j’étais chez moi. Indicible émotion, malgré les années, devant cette renais-sance éternelle !
Les premières primevères ponc-tuaient de couleur les mottes irrégulières, les rosiers tant bien que mal replantés montraient des pousses délicates, encore tout enchevêtrées, diaphanes comme un tissu précieux, la ciboulette ressortait de terre en touffes vigoureuses…
 
 
                   
                            Et, jouant le prélude du bal des insectes de l’été, une coccinelle dodue profitait d’un rayon de soleil pour faire ses premières inspections.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Le rosier de Venezia...avant les roses, aux allures d'animal fabuleux
Le Pierre de Ronsard fleurira-t-il cette année ?
 
Par lunemalo - Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
 
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus