Rencontres

Lundi 11 août 2008

Elle ne se souvient plus très bien comment ça a commencé. C’était il y a quelques mois, aux alentours de la rentrée. Une découverte qui ne l’a pas immédiatement séduite. Hasard ou volonté inconsciente, elle est pourtant revenue, une fois, deux, vite prise au jeu. Et les choses se sont enchaînées. Elle est si prompte à s’enflammer, on le lui a souvent reproché mais elle ne sait pas comment fonctionner autrement. Elle croit avoir assez de jugeote et de bon sens terrien pour ne pas se tromper, distinguer le bon grain de l’ivraie, savoir dès l’abord qu’elle vient de faire une vraie rencontre. Décidément oui, elle doit posséder un solide fond d’orgueil, elle qui s’en est toujours crue dépourvue, et puis pas mal de prétention aussi. Pourtant, la vie s’est déjà une fois sévèrement chargée de le lui faire ravaler, son bel enthousiasme, et elle a laissé dans l’affaire une grosse dizaine d’années, quelques illusions et pas mal d’eau salée.

 

Alors elle aurait dû se méfier. D’elle-même bien sûr, pas de l’autre à qui elle ne peut rien reprocher. C’est elle qui a tout fait, elle qui s’est installée derechef dans le rôle de l’amie lointaine mais si proche, elle qui a offert de menus présents que personne ne lui demandait, elle qui croyait avoir une place à part. Elle s’était sereinement installée dans cette belle découverte comme dans une maison qu’elles construiraient à quatre mains, tranquillement, dans la douceur de la reconnaissance. Orgueilleuse, oui, sans aucun doute. Mais c’était si doux, si inespéré d’éprouver cette sensation de communication presque sans parole, d’écho sans fin, de se dire que l’autre est à la fois suffisamment semblable à soi et assez différent pour que des liens forts et inspirants se tissent. Elle a des excuses, il faut bien le reconnaître. Elle a vu ce qu’elle a voulu voir et résolument ignoré les signes qui auraient pu l’alerter. C’était tellement plus simple de ne conserver que le bon, tellement plus confortable… Mais en fait l’histoire recommençait. Erreur de casting.

 

Il y a eu un premier signe de fracture. Elle est sortie brutalement de son rêve éveillé pour constater que pendant ce temps la vie continuait. Sans elle pour y participer. On n’avait pas eu envie de la rencontrer. Stupéfiée. Dès ce jour, elle a commencé à reculer, à regagner l’ombre dont elle regrettait à présent d’être un moment sortie, à se recroqueviller comme elle avait si bien su le faire pendant des années. Retrouvé cette sensation si familière que sa présence n’était simplement pas désirée. Être là au bon moment, ça ne lui est pas arrivé souvent. Ce qu’elle a très souvent éprouvé, en revanche, c’est cette impression que là où les autres n’ont qu’à exister, elle doit toujours faire ses preuves, rester vigilante pour ne pas se faire oublier. Il faudrait sans doute qu’elle aille en chercher les raisons sur le tissu anonyme d’un canapé, c’est peut-être là qu’elle pourrait se réconcilier avec son passé, accorder patiemment, comme elle le ferait d’un piano, tous les sons discordants pour en faire une musique apaisée et plus cohérente avec ce qu’elle est réellement.

 

Mais pas pour le moment. Elle s’est sentie si bête, emplie de cette affection qui n’avait plus d’écho, les bras ballants comme une mère qui aurait perdu son enfant avant même qu’il ne soit né. Histoire avortée. Elle s’est accordé quelques jours de tristesse douce comme elle sait si bien les inventer, à regretter ce qui ne serait pas, à ranger méthodiquement les petites choses qu’elle préparait tranquillement depuis quelques semaines. Des présents achetés ou confectionnés pour elle, une drôle de carte postale ancienne signée du prénom de deux de ses enfants. Un ruban tissé avec ses initiales de jeune fille. Plaisir d’offrir. Mais presque de la honte de son amitié encombrante. Envahissante. Et tout de suite, chevauchant l’insécurité un instant oubliée et talonnée par la timidité triomphante, la peur familière qu’on interprète mal, qu’on la croit intéressée, la tristesse à l’idée qu’on aura mal compris.

 

On n’a pas idée, aussi, de s’imposer ainsi… Lorsqu’elle y réfléchit, ça s’est souvent passé comme ça. Jamais franchement éconduite, juste mise de côté pour dégager un horizon où elle ne figure pas. Ce serait presque pathétique si on ne l’avait pas tellement prévenue. Attention, terrain miné, regarde où tu mets les pieds avant d’avancer ! Mais elle, elle ne sait que marcher en terrain découvert, c’est tout ou rien, les demi-mesures, ça ne lui va pas bien. Alors oui, décidément, un peu de réduction de tête ne serait pas de trop. Un bon petit nettoyage, un essorage soigneux… et elle sera prête à recommencer ! Parce qu’elle est incorrigible, elle le sait. Elle, l’optimiste désespérée, la misanthrope qui ne peut s’empêcher d’aimer ses semblables, la cynique si vite passionnée, la funambule imprudente. Il faudra simplement qu’elle apprenne à maîtriser ses élans, à être plus posée, à cesser de plisser les yeux pour ajuster la réalité telle qu’elle la voudrait. Pour enfin prendre par la main cette petite fille qui court dans sa tête depuis tellement d’années et lui dire qu’elle est arrivée. Qu’on l’attendait.

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Dimanche 3 février 2008

Recevoir - par hasard ? - un message qui ne vous est pas destiné. 

Très court, tout simple, quelques mots rapidement jetés. Apprendre un peu plus tôt que prévu que l’espoir chemine, 

Vers un horizon qui dessine quatre lignes. 

Un rêve qui prend corps mais hésite encore, 

Le pied déjà levé, à franchir le mur de la réalité.

Se dire que la chance n’arrive pas pour rien et qu’elle est bien méritée. 

Bonheur timide et déjà l’impatience. 

Cachée derrière le miroir, petite souris blanche.

Le beau dimanche.

 

 

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Vendredi 30 novembre 2007

101

Le centième est passé. Ces cent, d'ailleurs, ne sont que des statistiques à prendre avec légéreté, car certains sont à peine des billets. Mais voilà, il semble que ce soit un cap. Pas un roc ni un pic, peut-être un promontoire s'avançant vers l'infini. Qui laisse considérer le flux des pensées, s'en distancier parfois et toujours y revenir, porté par une irrésistible marée. Alors quoi ? Continuer ainsi ou bien arrêter, poursuivre le soliloque ou le conserver pour soi ? Elle ne sait pas encore, elle sait juste que parler lui est vital, même dans le désert, même sans méthode, même si seul le silence lui répond. Que tout lui est verbe, envol, émotion. Et que finalement les réponses qui importent, l'écho qu'elle attend ne lui font jamais défaut. Un jour, qu'importe la raison, un visiteur ose, sort de l'ombre pour poser son petit caillou, et elle le trouve bien doux. Comme à chaque fois. Comme depuis le premier qu'elle a trouvé posé devant cette porte-là.  

 

 

 

 

Merci à vous

Qui passez me voir.

 

 

 

 

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Mardi 20 novembre 2007

Première contribution, en cours de route…

 

 

Les autres sont ici.

 

 

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Lundi 15 octobre 2007

Elle venait de Varsovie. Le car l’avait déposée sur la place, avec ses amis, il était presque minuit. La veille, elle avait envoyé une photo d’elle, petite silhouette, cheveux blonds, elle était facile à recon-naître. La main qui se tend, un peu hésitante, le visage un peu fermé, puis deux bises mala-droites, on peut y aller.  

 

Oui, elle avait déjà téléphoné à ses parents, ils étaient rassurés. Autant qu’on peut l’être, en tout cas, lorsqu’on laisse partir son enfant pas si grand dans une famille et un pays étrangers.  

 

Le trajet jusqu’à la maison était bien court, sortir l’immense valise du coffre, entrer dans la maison, prévenir en quelques mots son étonnement probable devant les murs nus, la laisser s’installer dans la grande chambre du premier, tout juste terminée. Presque un petit appartement, pour une toute jeune fille un peu déboussolée. Non, elle ne veut rien manger, pas boire non plus, peut-être prendre une douche, pour se délasser ? Puis vite, aller se coucher…

 Le lendemain, retour de l’école, elle grimpe sans un mot dans sa chambre. Les minutes passent, pas un mouvement dans l’escalier. Peut-être redoute-t-elle un peu cette première vraie rencontre ? Elle redescend, finalement, chargée d’un lourd paquet. « I got some gifts for you ». Des chocolats variés, une jolie nappe de lin bordée de dentelle, un grand livre ‑ en français ‑ sur son pays. Pour elle aussi, un petit clin d’œil, une pochette réalisée dans le même tissu qu’ici, dans le bon sens, cette fois-ci.

 La semaine a vite filé, quelques cours ennuyeux avec les français, le tour de la ville classée, les aigles qui l’ont un peu effrayée. Les caves de Champagne, le château de Fontainebleau, les peintres de Barbizon. Et puis Paris, la tour Eiffel, les Champs Élysées… Elle raconte un peu, d’une voix bien timbrée, elle parle bien anglais. Elle n’a que quatorze ans. Plus une petite fille, mais encore une enfant. Déjà bien féminine, d’une façon délicate, sans ostentation. Elle étonne les garçons de la maison, qui découvrent ce que sera, peut-être, leur petite sœur dans quelques années. Le parfum léger qui signe son passage à la salle de bains, son pas dans l’escalier, la mèche blonde qu’elle relève calmement, un joli sourire, fugitif, qui monte jusqu’aux yeux qu’elle tient généralement baissés. Bien élevée.

 Le samedi elle disparaît avec une amie, venue la retrouver, pour faire un shopping effréné. Parfum, vêtements, elle revient chargée de trois mystérieux paquets. De sa famille, on ne sait pas grand-chose, un père informaticien, une maman qu’elle dit économiste, peut-être voulait-elle dire comptable, un frère plus âgé. On devine que sa vie est privilégiée, dans un pays où tous n’ont pas la même chance.

 Le dimanche a filé, déjeuner à la maison avec la même amie et sa correspondante, cette fois invitées, puis après-midi au bowling qu’elle pratique aussi beaucoup dans son pays. C’est le dernier dîner, elle n’a pas envie de rentrer. L’école ne lui plaît pas, et puis là-bas les vacances sont rares. Quelques jours au hasard du calendrier, Noël tout de même et un peu février. Mais sa vie de collégienne ne ressemble pas à ce qu’elle voit ici. Des journées qui commencent à 8 heures pour s’achever à 2, 25 minutes pour déjeuner. Qu’importe, elle n’aime pas ça, elle ne sait pas encore ce qu’elle veut faire, elle est plutôt bonne en maths, mais…

 Contrairement aux autres soirs, elle s’est un peu attardée, elle est restée avec les garçons devant l’ordinateur avant d’aller finalement faire ses ablutions.

 

Elle est partie ce matin, un peu intimidée, amusée et peut-être émue de voir la princesse se jeter dans ses bras. Quatre baisers, elle remercie d’une voix bizarrement mouillée avant de suivre le jeune homme qui l’a accueillie chez lui pendant ces quelques jours et qui se charge maintenant de sa valise, un peu plus lourde qu’à l’arrivée, pleine de souvenirs au parfum français.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Vendredi 5 octobre 2007

Il avait bien fallu s’habituer. Depuis la première soirée, où l’une d’elles, d’une taille que les citadins n’osent même pas imaginer, avait profité de la porte-fenêtre laissée entrebaillée pour s’enquérir des causes de tant de remue-ménage. C’était une égarée, une curieuse de l’été. Et la curiosité l’avait tuée. Un examen circons-pect, dans la pleine lumière de la matinée, avait révélé dans tous ses détails le corps recroquevillé, encore étonnamment imposant dans son immobilité. Le produit répulsif pulvérisé avec frénésie tout autour du chambranle avait fait, durant la nuit, sa deuxième victime : la visiteuse malchanceuse avait une compagne, plus grande qu’elle encore, plus sombre aussi, qui ne lui avait pas survécu, comme dans ces histoires d’amour condamnées qui font rêver.

Puis, plus tard, il y eut celle qui s’était installée sous les disques, bien à l’abri, ne sortant qu’à la nuit close pour guetter la proie égarée dont elle ferait ses délices. Et cette autre encore, longue silhouette que la mort avait piégée au fond d’un verre de cristal trop lisse pour la laisser s’échapper. Et puis...

 

 Oui, il avait bien fallu composer avec elles, car ici elles règnent en maîtresses incontestées. Est-ce l’humidité qui ne cède jamais, même au plus fort de l’été ? Le fouillis d’herbe et de graminées qui envahit tout, disjoignant même les pavés dans une merveilleuse impunité ? Tout cela sans doute, et puis, « C’est la campagne ici ! ».

 Alors la peur enfantine, le recul instinctif, les cris de fille n’étaient plus de mise. Parce qu’il fallait aussi compter avec l’impossibilité, parfois, de trouver un autre assassin que soi, et que prendre le risque de voir la bête se carapater, il ne fallait pas y songer.

Un modus vivendi s’était donc installé, un pacte de non-agression valable à l’extérieur de la maison, caduque sitôt la porte ou la fenêtre franchie. Parce que, entre se résigner à la présence, même invisible, de ces silencieuses habitantes et les remettre dans le sens de la sortie,  il y a tout un monde de peur irraisonnée et de dégoût inexpliqué.  Ces derniers jours, l’automne a résolument pris ses quartiers. Matins embrumés, pavés mouillés, le goûter au jardin n’était plus vraiment de saison. Hier soir, pourtant, la douceur de l’air avait servi de prétexte pour y dévorer la pomme du goûter, es-suyer le toboggan déjà presque trop petit, vite encore une fois en profiter, et aller regarder, l’air désabusé, l’unique tomate qui avait réussi à pousser.

 

 

Si elle n’avait pas bougé, elle serait restée inaperçue. Elle avait tendu une toile démesurée entre le toit du petit auvent et le framboisier et elle se tenait là, immense, comme suspendue dans l’air. Son corps renflé formait une sorte de cœur inversé, piqué de points noirs figurant des yeux inquiétants de fixité, ses longues pattes hérissées de minuscules piquants. 

 Alertée par le mouvement, elle avait prestement regagné le centre de sa toile, où une proie enru-banée attendait de se faire dévorer, pour se préparer à l’attaque, le corps légèrement soulevé, les pattes avant dressées. Fina-lement, rassurée, elle s’était attablée… Elle sera peut-être encore là demain, ou alors, emportée par une averse, elle aura émigré dans un jardin voisin pour quelques jours, quelques semaines peut-être, avant que l’hiver ne mette fin à sa quête.  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Mercredi 25 avril 2007

Porté par le soleil printanier, sans doute, un envol de papillons est entré ce matin par la fenêtre...

Après les présenta-tions d'usage auprès de l'occupant histo-rique du lieu, ils se sont posés tour à tour sur une petite tête blonde fort occupée à sa lecture matinale, sans la déranger.

 

 

 

 

 

Le rose, est-ce un hasard ? a préféré se mirer/s'admirer...

Laurence, merci... Tes papillons sont ravissants, et leur parfum délicat et inattendu m'a en-chantée...

 

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