Mercredi 11 juin 2008

Les mots, c’est un peu son métier, elle l’a déjà raconté. C’est aussi un amour d’enfant, un amour très ancien, qui s’accroche à elle comme une vie obstinée qu’elle nourrirait en son sein. Des bulles de sons, des ballons qu’elle lance au vent, qui lui échappent malicieusement et parfois reviennent, faussement repentants, faire mine de se mettre en rang. Contours aléatoires et toujours mouvants. Parfois c’est comme ces étangs si lisses en surface mais où grouille pourtant une vie étrange dont on ne verra rien, sauf peut-être si l’on a la patience infinie de s’asseoir et d’attendre, sans mot dire justement. Juste laisser le flux revenir au minimum vital, le souffle léger, mouvement suspendu. Les côtes qui ne s’écartent plus ou alors à peine, dessinant une espèce de vestibule déserté où ne subsiste que le courant ténu qui anime la machine.

 

Elle s’étonne toujours devant ce qu’ils exhalent d’humanité, leur comportement, leur puissante essence. Il y en a qui sautent et trépignent comme animés d'une joie maligne, d’autres sont languissants, sinueux comme des serpents ou bien encore sombres et torturés, grinçants comme une serrure rouillée. Le substantif cherche à dépasser l’adverbe, l’adjectif, magnifique et important, indispensable superflu, muse au fil de la syntaxe d’un air entendu, riant avec complaisance de sa luxueuse présence tandis que le verbe balance entre deux conjugaisons.

Mais vifs et ardents ou emplis d’une grâce nonchalante, peinant à sortir ou impossibles à contenir, ils la poursuivent et l’enchantent jusque dans ses rêves, dansant une sarabande qui l’ensorcelle et la fuyant au matin, ne laissant derrière eux qu’un mystérieux rond de sorcière. Il est trop tard aujourd’hui pour savoir, trop d’années ont passé depuis le premier mot qu’elle a réussi à lire sans l’ânonner, Daniel et Valérie se sont évanouis. Mais à leur place, remplaçant le manuel de lecture des petites années, des heures et des jours de lecture acharnée, de plongée en apnée dans les méandres de la langue, d’exploration passionnée et de vertige silencieux.

Et puis cette mélodie qui l’enchante, les sons qui roulent ou filent, l’air qui vibre encore alors que la bouche est déjà close. Mais plus que tout peut-être, elle aime les mots anciens, les vocables désuets, ceux qu’on n’utilise plus guère parce que ce qu’ils désignaient a disparu, ou parce que l’heure est à une simplification qui s’accommode mal d’un certain raffinement de langage. Enfin, ce que l’on nomme ainsi, car dans d’autres langues, plus précises que le français, plus descriptives parfois, il n’est pas mal venu de désigner clairement ce que l’on veut nommer. Ou inversement. Inutiles circonlocutions, absurdes divagations qui n’ont plus cours dans un monde de rendement.

 

Tout est en vrac, un joyeux fouillis qu’elle garde bien serré et où elle adore aller fourgonner, esquisser quelques pas de menuet, gambiller gaiement dans une salle de bal fantôme, observer des mères habiller leurs enfants de paletots, de pélerines et de sarraus et nouer un gai fichu sur leurs cheveux bien coiffés. Plus loin encore, regarder ces belles alanguies dans leurs matinées s’asseoir un instant devant un bonheur-du-jour, jouant négligemment avec un saute-ruisseau oublié. Entendre sur le chemin les rires francs de quelques compères à la moustache cirée et un galop de drôles plus vifs que le vent. Petite musique privée, à jamais rejouée…

 

 

 

 

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Jeudi 7 février 2008

Une fin en forme de points de suspension… Écrire pour soi, pour un temps seulement peut-être, mais sans chercher de reflet dans le miroir. Jusqu’à un possible revoir…

 

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Mercredi 16 janvier 2008

Son plus jeune fils a attendu avec impatience le CP, certain et sûr d’y trouver cette lecture tant désirée comme un cadeau qu’il suf-firait de cueillir. La dé-convenue avait été sévère. Point de b-a ba pour cet enfant-là, point d’évidence ni de déchiffrage hésitant. Le refus absolu, dès lors que la réalité des choses lui est apparue : ces vilaines lettres noires se chevauchaient bê-tement, se mettaient parfois la tête en bas, le dos au mur, le narguaient pour tout dire, mais dans un silence pire que l’absence. Aucune image derrière elles, pas de visualisation, pas de rime et encore moins de raison. Alors il leur avait tourné le dos, l’enfant, le sourcil froncé, les lèvres serrées qu’aucun mot écrit ne voulait franchir. Il y en avait eu des cris, le soir à la maison, « mais regarde donc ! Il suffit de lire les lettres, tu les connais déjà, et le mot aussi tu l’as déjà vu. Vas-y…. » Il n’y allait pas, l’enfant buté, malheureux comme une pierre devant ce mur aux briques aussi dures que sa résolution de les ignorer désormais. Et il y avait eu ces séances chez madame P., l’affreux petit cabinet où elle exerçait, sa horde d’improbables hérissons qui montaient une garde silencieuse autour de l’enfant démuni. Et petit à petit les lettres s’étaient mises en rang, pas de bonne grâce, c’est sûr, mais contraintes et forcées par l’habileté de cette femme et l’opiniâtreté d’un petit garçon qui était pourtant sorti plus d’une fois en pleurant. Vaincues par ces deux volontés conjuguées elles avaient cessé de se rebeller pour s’organiser. Le voyage pouvait commencer.  

 

Pas bien loin d’abord, de petits sauts de puce dans la réalité que décrivent tous les livres de lecture, celle que vit l’enfant : la maison, la rue, l’école, le gâteau du dimanche et les billes de la récré. 

 

Plus loin ensuite. Dans le temps et la réalité, au-delà des limites imposées, le grand bond dans le vide, dans l’imaginaire d’un inconnu. Là où les objets prennent vie et vous entraînent dans leur sillage, effaçant méthodiquement les contours. Aveugles et sourds à ce qui vous entoure, vous lisez fébrilement, le souffle court, le doigt crispé sur la page à tourner, encore, plus vite, que va-t-il se passer dans les chapitres inexplorés ?  

 

Et l’enfant fâché, petit visage crispé d’angoisse et langue qui fourchait, a reçu ce cadeau magnifique, ce voyage merveilleux dans les mots imprimés, un plaisir fou qui ne l’a plus jamais quitté.  

 

 

 

En hommage à Frédérique, une autre Madame P.

 

 

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Vendredi 16 novembre 2007

Soliloquer. On voit souvent remuer sans bruit les lèvres des vieilles personnes, per-dues dans leurs pen-sées, personne ne songe à s’en étonner. Elle, même si la retraite est encore éloignée d’une grosse vingtaine d’an-nées, elle n’a jamais cessé de monologuer. À haute voix ou tout bas, mais elle devait parler. Elle ne se prive pas avec les autres non plus, d’ailleurs, c’était un petit moulin à paroles dans ses jeunes années et ça ne s’est pas calmé. D’où vient tout ce flot, elle ne le sait pas, elle sait juste qu’elle doit le laisser couler, parfois sans le canaliser. Courir au rythme de ses pensées. Écrire, ça n’a jamais été son idée. Enfin, ce qu’écrire veut dire pour elle, inventer, échafauder un monde, le faire exister. Lui donner corps et âme, en faire un substantifique mets. Elle est sagittaire, on lui a dit un jour qu’elle ne savait pas inventer, mais qu’il suffisait qu’on lui donne deux pierres pour qu’elle bâtisse un château avec la plus grande facilité. Ce n’est pas tout à fait vrai. C’est vrai qu’elle a besoin d’une fondation pour édifier ses récits, d’un mot, d’une image, d’un son ou d’une sensation ; ce n’est pas vrai en revanche qu’elle en fait un palais. Elle préfère l’idée d’une maison accueillante et douce, à la lumière tamisée, où il fait bon s’éterniser.

 

 

Évidemment, un blog, c’était une voie toute tracée. Parler sans se faire voir, laisser libre cours à ses pensées sans être jugée tout en aimant à l’avance ces petites traces qu’on lui laisserait, ça la faisait rêver. Avec le risque toutefois d’une écriture « orientée », qu’elle n’a pas su éviter. Ou plutôt dans laquelle elle s’est cachée. Elle le savait, mais fallait-il oser ? Oublier qu’Internet attire tout et n’importe qui, que parler de soi ainsi devant d’invisibles lecteurs peut être mal interprété, que ses proches pourraient être étonnés ou même perturbés ? Pendant longtemps, elle n’a donc pas osé, sauf dans quelques billets, parce que l’émotion l’habitait plus impérieusement que d’habitude. Et puis, un jour, c’est devenu évident. Grâce à quelqu’un qu’elle ne connaît pas, ou plutôt, comme elle l’a si justement dit, qu’elle n’a jamais vu. Elle a pu laisser sortir ces mots qui se bousculaient, qui la bouleversaient parfois, qui voulaient être . Elle a enfin osé écrire comme elle est ‑ sans pour autant tout dire ‑ simplement donner une forme à son monologue intérieur. Trouver un exutoire. Et elle a réalisé ce que sa démarche initiale pouvait avoir de dirigé, de conditionné, comme si elle écrivait sous la dictée. Elle sait qu’elle a fait un grand pas vers plus de sérénité, elle comprend maintenant combien tous ces mots ont pu l’étouffer, combien elle avait physiquement besoin de s’en libérer. Et de ça, elle ne pourra jamais assez remercier.

 

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Mercredi 10 octobre 2007

- Il faut ranger les jouets, tu viens m'aider ?

 

- Peux pas ranger, c'est dangereux !

 

- Assieds-toi pour mettre tes chaussons.

 

- C'est dangereux, s'asseoir.

 

 

Peur excessive de l'environnement, ou fainéantise habilement déguisée ?...

 

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Mardi 9 octobre 2007

Série A5. Allemand, anglais, russe. Platon, la splendide Albion et deux langues à déclinaisons. Le reste se perd dans la poussière des années. « À cinq points, c’était la mention bien, dommage, mademoiselle. » Elle s’en fout, elle n’a pas 18 ans. Pas surdouée, juste le hasard du calendrier. Alors le bout de papier c’est bien assez.

 

 

 

Et puis le boul’ Mich, la place carrée, les couloirs sonores et les amphis classés. Un prof de thème en toge noire, la moustache élégamment retroussée, qui roule les « r » comme le plus snob des anglais. Une autre, écrivain, grande silhouette sombre qui écrit aussi dans Marie-Claire, et qu’on admire de loin. La lexicologie et l’histoire, Victoria sur son trône et la Boston Tea Party. Elle commence à rêver en VO non sous-titrée. Les semaines qui s’enchaînent, les partiels qui approchent, révisions frénétiques rue du Cherche-Midi. Maupassant entre en scène, enfin vengé d’années de mépris.

Son mémoire de maîtrise, elle ne l’a jamais écrit, elle a quitté Paris.

Elle se souvient du lycée, de ces « matheux » méchamment moqués qui marchaient deux par deux, front baissé, murmurant des formules et des racines carrées, sourds à l’agitation du monde. En avait-elle ri avec les autres, s’étaient-ils bien gaussés ! Ils sont en C, et après ?

Les années ont passé. On a changé les lettres, de A à L, de C à S, mais le fossé ne s’est pas comblé. Et même, bientôt si l’on en croit les rumeurs acharnées, elle sera devenue le témoin d’un passé révolu. La filière littéraire est moribonde, dit-on, et quasi-enterrée. Lorsqu'elle aura disparu, qu’adviendra-t-il de ceux que les mots grisent ? Seront-ils pourchassés, contraints de se terrer ? Non, tout simplement, on leur demandera de la boucler. Le mot ne fait plus vivre, c’est ainsi. L’écrivain est au musée ou sur un banc, accusé, la poésie est partie, la langue ne chante plus, pas le temps, pas l’argent.

 

Son fils aîné est en L. Sera-t-il le dernier de la famille à pouvoir dire « J’en étais ? ».

 

 

 

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Jeudi 4 octobre 2007

Toucher. Glisser lentement la main, puis chaque doigt un par un, le long du tissu si doux. Inlassablement. Glisser dans le sommeil.

 

Sentir, laisser entrer, presque sans y penser, arômes délicieux et parfums oubliés. Et voyager dans le passé.

 

 

 

 Tendre l’oreille au murmure de l’eau, à la respiration de l’enfant qui dort, parfois suspendue, aux suites de notes si logiques de Bach. Se laisser envelopper.

 

 

 

  Regarder le monde au travers du filtre de la myopie, parfois plisser le front pour mieux distinguer l’horizon. Compter les brins d’herbe et les gouttes de pluie, fermer un œil, puis l’autre, pour recadrer la vie.

 

 

 Goûter un plat aimé ou détesté, le brouillard du petit matin, la feuille cueillie et mâchonnée, le thé familier. Tester jusqu’à l’extrême frontière du danger.

 

 

 

 Tant d’ouvertures sur le monde, et si peu de temps. 

 

 

 

 

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Dimanche 30 septembre 2007
La petite fille n’avait pas compris. Anticonstitutionnellement, ce n’est pourtant pas un gros mot. On lui avait même dit qu’en français c’était le plus grand, 25 lettres exactement. Mais apparemment il n’avait rien à faire dans la bouche d’un enfant.
Le temps a passé, elle a dix ans. Son père est parti très tôt travailler mais il a laissé pour elle, dans le buffet, deux pe-tits paquets. Un stylo-plume, son premier, et un dictionnaire épais. Drôle de cadeau ? Non. La cou-verture de tissu rouge, elle ne l'a jamais oubliée, et écrire à la plume, avec une encre au ton passé, elle n'y a jamais renoncé.  
 
Des années plus tard, la petite fille devenue maman nomme pour son petit garçon, pas tout à fait quatre ans, la jolie lumière bleue qui tournait follement sur le toit de l’ambulance aperçue dans la rue. « Tu as vraiment besoin de lui apprendre des mots si compliqués ? » Effectivement, pour dire gyrophare, il faut avoir vécu un grand nombre d’années.
 
Il en aura fallu trente-deux pour que la petite fille se mette à les compter, tous ces mots engrangés. Pas des piles bien rangées, non, parfois il faut chercher, c’est bien un peu désordonné. Mais leur donner un peu d’air, c’était peut-être une bonne idée. Et puis ça permettrait d’aller voir ailleurs, de ne plus être obligée de rester.
Bien sûr, ses mots à elle, c’est sur ceux des autres qu’elle les pose. Son langage sur des mots sans âge, sans sexe, juste là pour faire vendre quelque chose, parce que cette boucle-là finit toujours par se refermer. Pas le moindre soupçon d’âme là-dedans, un jargon souvent technique, du blabla pas très académique, qu’elle doit passer dans des moulinettes successives pour qu’il en sorte un texte intelligible. 2000 mots par jour, parfois un peu plus, ça finit par peser lourd quand douze mois se sont écoulés. En onze années, combien sont ainsi passés sur son clavier ? Pas le courage de compter, et quelle serait l’utilité...
 
Mots glanés au fil du temps, semés au fil du vent, petits bonheurs en quelques lettres, maintes fois savourés.
Mots détestés ou redoutés, que l’on évite de prononcer, dont le simple écho fait frissonner.
Langue maternelle, que l’on transmet sans y penser et que l’on retrouve au détour d’une phrase, chaque fois étonnés, avec la voix des êtres aimés.
 
 
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Dimanche 30 septembre 2007

(Où comment l'on commence à réinventer la vie...)

- C'est l'heure de se mettre en pyjama, mon coeur.

- Le pyjama est perdu, on peut pas le trouver, c'est l'arai-gnée qui l'a mangé.

 

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Vendredi 19 janvier 2007
« Dans le temps, on n’allait pas chez le médecin ou chez le pharmacien, on attendait que ça aille mieux, ou alors que ça aille tout à fait mal… »
 
Cette phrase résume en peu de mots, simples et essentiels, la réalité sanitaire quotidienne dans les campagnes françaises il y a quelques décennies, et il n’est pas besoin de remonter très loin pour en saisir les innombrables témoignages, au fil des histoires lâchées par un ancien ou de « recettes » laborieusement consignées dans un cahier d’écolier jauni et pieusement conservées comme quelque mirifique héritage.
Héritage en effet, ou encore transmission et pérennité des traditions ancestrales, perpétuées au fil des générations par les descendants de ceux qui savaient. Car l’usage des plantes pour soigner les maux du corps, et souvent de l’âme, procède d’abord et avant tout d’une nécessité d’économie, de l’obligation de faire seul avec les moyens du bord, donc de la nature, laquelle offre à l’envi ses richesses et sa puissance thérapeutique à qui sait les reconnaître et les plier à son dessein.
 
La citation qui ouvre cet article figure dans l’introduction d’un livre acheté l’été dernier, intitulé ‘Vieux remèdes en Normandie’. Juliette Brabant-Hamonic, son auteur, est pharmacienne et ethnopharmacologue. Elle est également docteur en anthropologie sociale et culturelle de Paris V. Elle compile dans cet ouvrage des remèdes traditionnels, plus spécifiquement ancrés dans le terroir normand, région de bocage, de talus fertiles et de riches vallées où foisonnent les plantes dotées de vertus médicinales.
 
Pharmacopée familiale, c’est ainsi que les personnes qu’elle a interrogées désignent les préparations faites et refaites sur le coin du fourneau, d’une année à l’autre, et réputées guérir peines et maux d'une vie quotidienne qu'on devine de dur labeur. La rigueur scientifique de l’auteur transparaît tout au long des pages, notamment dans les rappels de prudence ou les explications plus « scientifiques » sur les vertus foncières des plantes évoquées et dont l’usage ancestral se fonde le plus souvent sur la méthode empirique et l’observation, notamment des animaux.
Sont ainsi cités le ou les noms vernaculaires des plantes et leur appellation latine, que complètent des illustrations couleur soignées de leurs différentes parties. Ces dessins délicats sont l’œuvre de Dominique MANSION, plasticien et illustrateur naturaliste.
 
La voix de l’ethnopharmacologue se fait également entendre, ici et là, au fil d’explications sur les croyances populaires liées au règne végétal, qui ont déterminé certaines plantations systématiques et noms de lieux. Ainsi le tilleul, tiyeû, qui a donné son nom (Theil ou Thil) à de nombreux villages normands, et protège encore aujourd’hui des maléfices, dit-on, les maisons auprès desquelles il a été planté.
 
Il ne s’agit donc pas d’un traité de botanique exhaustif, qui recenserait les données issues de la recherche traditionnelle, mais plutôt d’un recueil de témoignages familiaux, auxquels la scientifique apporte sa caution par la sélection qu’elle y a nécessairement opérée, et par la façon dont elle les complète, si besoin.
 
Petit clin d’œil pour Blue, qui se demandait comment teindre un pantalon étrangement décoloré : la baie mûre du lierre grimpant (Hedera helix) aurait la faculté, sous forme de lotion, de noircir les cheveux et les tissus.
 
Pour Pescalune, qui s’applique à suivre l’évolution de notre astre de prédilection pour ses plantations, ces conseils pour planter le thym : « …il faut qu’il soit planté un vendredi, et ne reprend que s’il est planté par un menteur. » (Atlas linguistique et ethnographique normand). Et laisse quelques ronces s'épanouir dans ton futur carré de simples, ma belle, malgré leurs vigoureuses épines elles sont, elles aussi, dotées de vertus médicinales...
 
Pour Venezia, enfin, un remède qui comblera son amour des roses tout en apaisant ses yeux fragiles : la compresse de fleurs, obtenue en faisant bouillir doucement une pincée de chacune de ces fleurs : rosa centifolia, grande camomille, bleuet et grande chélidoine. Laisser tiédir la décoction, et en imbiber un fin mouchoir que l’on appliquera sur les paupières.
 
Et pour surmonter la torpeur hépatique due aux récentes agapes de Noël, pourquoi ne pas essayer le Bouillon de légumes de la diète ? L’usage de cette forme de dépuration de l’organisme dont Hippocrate, déjà, était un fervent adepte, s’est perpétué sans faiblir. Ses vertus étaient tellement réputées que la recette a longtemps figuré au codex, et qu’on allait quérir chez le pharmacien, sur prescription de Monsieur le Docteur, le breuvage salvateur…
 
Pour être familiale, celle qui suit n’en a pas moins d’effet :
 
1 à 3 poireaux (selon grosseur)
2 petits navets
2 carottes moyennes
 
Faire bouillir à petit feu les légumes détaillés en dés ou rondelles dans 2 litres d’eau pure, légèrement salée. Filtrer et boire dans la journée. Compléter, si besoin, par une infusion de menthe qui stimulera la fonction digestive.
 
Le livre enfin se referme sur les conseils de prudence et avertissements d’usage, et sur une bibliographie appétissante qui incite à pousser plus avant la découverte de l’usage des plantes sous l’angle ethnographique. Ce que je vous invite donc à faire...
 

Vieux remèdes en Normandie
Auteur : Juliette Brabant-Hamonic, illustrations : Dominique Mansion
Éditions Ouest France
Illustration Wikipedia
 
 
 
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