Selon le Petit Robert, les simples (mot masculin, aussi étrange que cela paraisse) est le nom autrefois donné aux plantes médicinales. L'anglais, plus descriptif, les appelle d'ailleurs ainsi. Au Moyen-Âge, elles étaient cultivées dans les jardins monastiques, et transformées en remèdes apparemment efficaces puisqu'elles ont traversé les siècles pour venir, encore aujourd'hui, offrir leurs vertus et leurs forces à qui sait les reconnaître. Leur réputation a gagné le grand public, dans un amalgame pas toujours heureux avec le "jardin de curé". Lors de sa dernière Fête médiévale, Provins avait ainsi installé une ébauche de jardin de simples au pied de la Tour César, et proposait aux visiteurs des explications sur les différentes plantes.
Bref, le sujet est à la mode et boire des tisanes d'un air inspiré est devenu furieusement tendance chez certaines populations parisiennes...
Pendant les quelques jours que nous avons passés en Normandie (et dont j'aurai l'occasion de reparler, car le B&B où nous avons fait cette courte escale était un endroit délicieux et mérite un petit article), nous sommes allés "tourister" à Caen. Mal nous en avait - apparemment - pris, car la ville m'a parue triste, grise et peu accueillante. Le temps n'étant pas vraiment au beau fixe, nous avons rabattu nos prétentions initiales, qui étaient de visiter le jardin botanique (mais je ne désespère pas), pour nous contenter du château de Guillaume le Conquérant. Et voilà qu'au détour d'une allée s'ouvre devant nous un petit jardin de simples, juste à côté du musée de Normandie, organisé comme il se doit en carrés plus ou moins ordonnés, certains où la plante croît sagement dans les limites qu'on lui a fixées, d'autres où son extravagance se rit des barrières et la pousse à envahir sans vergogne ses voisines, l'allée, le passant... Ainsi le fenouil, merveille odorante plus haute que moi (assez facile, ceci étant...) ou la ronce.

Fenouil commun
Quelques photos des panneaux, à déchiffrer pour le plaisir des noms :


Et le ricin, magnifique plante (toute ressemblance avec un castor serait purement et simplement hallucinatoire...) dont on tire une huile précieuse pour la peau

Sur ces panneaux, quelques petites lignes indiquaient que des fiches détaillées sur chacune des plantes étaient disponibles au musée de Normandie tout proche. Après avoir fait le tour de tous les parterres, me voilà donc partie d'un pas décidé pour me procurer ces intéressantes infos, étonnée et agréablement surprise que cette visite un peu décevante ait une conclusion si agréable. Une personne fort aimable m'explique qu'en fait de fiches, elle n'a à me proposer qu'un fascicule réalisé par le jardin botanique de Caen, et vendu pour un prix bizarrement raisonnable : 4,50 €. J'en ai donc acheté deux (sur les trois qui lui restaient), pensant que le deuxième exemplaire ferait quelque jour le bonheur d'un(e) amoureux(se) des plantes.
La présentation de ce petit bouquin est spartiate, mais son contenu est efficace : noms latin et vernaculaires des plantes, illustration, descriptif, propriétés, mode d'utilisation, précautions (je pense notamment au dangereux aconit, malheureusement présent uniquement sur le panneau, et dont j'aurais aimé ramener une photo pour Venezia
à défaut de belladonne ou de jusquiame).
Au début de l'ouvrage, on trouve un lexique recensant les termes récurrents lorsqu'on s'intéresse d'un peu près aux plantes et aux huiles essentielles (et qui me conforte dans le projet que j'ai de faire bientôt un petit aide-mémoire sur ce sujet) et à la fin, un tableau récapitulatif des différentes propriétés des plantes.
De retour à la "maison", à l'occasion d'une balade de fin d'après-midi, nous avons cueilli certaines des plantes rencon-trées dans ce jardin et dans le livre : le grand plantain, la camomille matricaire, le frêne, l'ortie blanche (âprement disputée à un bourdon zonzonnant), la benoîte et le millepertuis. Faute d'un herbier correct, elles ont commencé à sécher... dans mon Palaiseul, et finalement c'était une place très logique, je crois ! Le plantain, qui avait gardé ses racines, a fait le voyage de retour dans un petit "vivier", et reprend doucement des forces au jardin, loin de sa Normandie d'origine, en attendant d'apaiser de sa feuille froissée quelque piqûre d'insecte...
Ortie blanche
Pour des raisons évidentes de droits d'auteur et... de place, je ne peux pas reproduire ici l'intégralité de ce livre. En voici néanmoins deux extraits, volontairement écourtés, le premier sur le souci officinal (Calendula officinalis), présent dans l'armoire de toute apprentie-sorcière qui se respecte, et choisi pour des vertus intéressantes bien que moins connues que celles du fameux macérat :
Etymologie :
Calendula, nom botanique formé au Moyen-Âge, vient du latin Calendae, premier jour du mois, avec un sens plus général de calendrier, d'indicateur des mouvements des astres, faisant allusion aux mouvements d'ouverture ou de fermeture des inflorescences qui sont en rapport avec l'apparition et le coucher du soleil.
Parties utilisées :
Les fleurs détachées, sans le calice vert, ou les capitules floraux entiers. Cueillette de juillet à octobre.
Emploi :
Brûlure, contusion, cor, engelure, foie, furoncle, peau, piqûre d'insecte, plaies, règles, ulcère, verrue.
L'autre sur la campanule gantelée (Campanula trachelium), ou Gant de Notre-Dame, dont le nom m'enchante :
Description :
Vivace. 0,35 à 1 mètre. Tige dressée non creuse à l'intérieur, dure, pourvue de poils raides. Les feuilles pétiolées sont assez rudes au toucher, étant revêtues de poils courts sur les deux faces, doublement et irrégulièrement dentées sur les bords. Les fleurs d'un bleu violacé (très rarement blanchesà sont dressées et disposées en grappe feuillée, tournées presque toutes d'un même côté. Les racines sont épaisses et un peu ligneuses.
Etymologie :
Campanula, nom latin signifiant petite cloche, fait allusion à la corolle en forme de cloche. Le mot latin trachelium vient précisément de son emploi contre les angines et du grec trachêlos, cou.
Propriétés médicinales :
Astringente, détersive, vulnéraire.
Emploi :
On consomme en salade d'hiver les racines et les jeunes pousses. C'est un bon fourrage : les porcs sont très friands des racines. Cultivée comme plante ornementale, il en existe diverses variétés horticoles à fleurs doubles, bleues et blanches.

Pour poursuivre l'exploration de l'univers fascinant des simples, plantes immémoriales et si quotidiennes qu'on en oublierait (et ce serait un tort) de leur accorder l'attention et le respect qu'elles méritent, l'article de Bluetansy sur Hildegarde de Bingen est à recommander sans modération !
Bibliographie:
Les textes sur le souci officinal et la campanule gantelée sont reproduits de l'ouvrage "Jardin des Simples. Les vertus des herbes" réalisé en 1980 par la Section Botanique du Service Espaces Verts de la Ville de Caen - Jardin botanique de la Ville et de l'Université de Caen.
Illustrations tirées d'un site qui me paraît exhaustif et fiable : http://plantes.sauvages.free.fr/
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